Malgré tout, ces « réorganisations » maintes fois entreprises, dans la seconde partie du XVIe siècle, par les rois Sigismond-Auguste, Stephan Batori et Sigismond Vasa, n’aboutirent à rien, car ce ne fut jamais qu’une faible partie des cosaques qui se mirent à la solde du gouvernement et encore ne la recevaient-ils que très irrégulièrement. Entre temps le nombre des cosaques s’augmentait toujours, leur puissance croissait, si bien que finalement exaspérés par les embarras, voire même les répressions, que le gouvernement et l’administration locale ne leur ménageaient pas, leurs « hetmans[13] », dès l’année 1590, déclarèrent ouvertement la guerre à l’administration polonaise et aux magnats en général.

[13] Hetman — ce mot polonais, emprunté du tchèque (allemand Hauptmann, chef) était le titre officiel que portaient le chef et le sous-chef de l’armée polonaise. On l’appliquait aussi dans le langage usuel aux chefs cosaques.

C’était justement l’époque des luttes religieuses déchaînées par le projet d’union des églises : les cosaques s’en mêlèrent. La guerre dura plusieurs années ; les cosaques répandirent la terreur dans le bassin du Dniéper, dans la contrée de Braslav, en Volhynie et en Russie Blanche. Mais au début de 1595, le gouvernement polonais, après s’être rendu les mains libres d’autres côtés, fit avancer ses troupes en Ukraine. Leur chef, l’hetman Jolkievski, en habile stratège, se porta d’un trait jusqu’au fond du pays, sans laisser aux cosaques le temps de se réunir, vint poser le siège devant leur camp de Loubny, non loin de la frontière moscovite et les força de capituler.

Ce coup anéantit la puissance des cosaques pour un temps et une certaine dépression se fit sentir dans leurs rangs. Le gouvernement profita de cette victoire pour mener à terme l’union des églises, en prenant une attitude ferme à l’égard des orthodoxes. Mais déjà l’organisation cosaque avait poussé de fortes racines dans la masse paysanne ukrainienne, ce qui lui permit de récupérer avec usure en très peu de temps ses forces perdues.

XX.
La population afflue en Ukraine orientale, qui redevient le centre de la vie nationale. L’époque de Sahaïdatchny.

Par un concours de circonstances favorables, l’Ukraine orientale se trouva à cette époque transformée et replacée à la tête de la vie nationale.

Parmi les facteurs de cette transformation, il faut mentionner :

Le développement de l’organisation cosaque, qui mit un terme aux incursions tartares, rendant ainsi possibles les progrès de la colonisation agricole et de la vie urbaine.

L’afflux d’un grand nombre d’émigrants venant de l’occident et aussi de la zone boisée (Polissie), en grande partie paysans ukrainiens, qui venaient chercher ici un refuge contre le régime des seigneurs.

L’arrivée dans ces contrées de la noblesse polonaise, qui vient faire valoir ses prétentions sur la terre et les paysans qui s’y sont installés, soulevant de violentes protestations dans tout le peuple.