[26] Chef.

Chante, père, de façon qu’il t’entende

ce monde sourd, même s’il ne veut pas ;

chante ce qui s’est passé en Ukraine,

dis-nous, pourquoi elle a tant souffert

et pourquoi la gloire des cosaques

s’est répandue dans tout l’univers.

(1839)

Ce qui se passait à l’orient ne resta pas sans effet sur la Galicie. Le problème de la langue s’y imposa aux lettrés, qui, en comparant ce que produisait la langue littéraire dans leur pays et au delà des Carpathes avec les succès de la langue populaire en Ukraine orientale, furent convaincus que cette dernière était l’instrument le plus apte à faire progresser la renaissance nationale. Entre 1830 et 1840, les controverses à ce sujet allèrent leur train, mais en définitive ce furent, comme d’habitude dans ces sortes de questions, non pas les arguments qui gagnèrent la partie, mais les faits.

Un groupe de jeunes étudiants de l’université de Léopol, animés du plus ardent patriotisme et de l’exemple qui leur était donné par les écrivains de l’Ukraine orientale, résolurent de marcher sur leurs traces et d’adopter dans leurs écrits la langue populaire. Ces jeunes gens devinrent les chefs de la nouvelle littérature en Ukraine occidentale. Il faut citer en première place le poète Markian Chachkevytch, qui est considéré comme le fondateur des lettres modernes en Galicie. Toutefois le premier recueil qui sortit de ce cercle, la « Zoria » (1834), fut prohibé par la censure. On décida de le publier à Budapest, où il parut, en 1837, sous le titre de « Roussalka », mais il fut saisi par la police de Léopol qui ne leva son interdiction qu’en 1848. Quoi qu’il en soit, on était entré dans la bonne voie.