Mendès n'a certainement pas réussi à faire concurrence aux modèles italiens et français dont il s'inspira. Il n'en fut pas moins approuvé et admiré par les lettrés de son temps, qui voyaient en lui l'héritier de Luzzato.
Nous ne pouvons énumérer tous les lettrés et les érudits qui ont, d'une façon directe ou non, contribué à l'action du Meassef. Contentons-nous de citer ceux qui se sont distingués par une certaine originalité d'esprit.
C'est à Breslau que vécut le rabbin Salomon Papenheim (1776-1814), auteur d'une élégie sentimentale Arba Kossoth (Les Quatre Coupes), inspirée des Nuits de Young, et publiée à Berlin en 1790. Cette élégie est remarquable par le souffle poétique personnel de l'auteur. Dans des plaintes rappelant Job, et tel un Werther hébreu, il pleure, non pas la perte de sa bien-aimée—ce qui n'eût pas été conforme à l'esprit du ghetto—mais celle de sa femme et de ses trois enfants. Cette élégie a eu la chance de devenir un poème populaire.
Mais cette sentimentalité fade et le style précieux et outré de notre auteur devaient exercer une influence nuisible sur les générations suivantes. C'était le tribut accordé par la littérature hébraïque au mal du siècle.
Mentionnons aussi le rédacteur d'une nouvelle série du Meassef parue à Dessau en 1809-1811, Salom Hacohen, dont les poésies et les articles publiés dans le Meassef (2e série) et dans les Bicouré Itim, et surtout le drame historique intitulé Amel et Tirza[11], empreint d'une certaine naïveté s'accordant bien avec le cadre biblique, ont obtenu un grand succès[12].
Mendelssohn lui-même, le maître admiré et respecté de tous, écrivait fort peu et, il faut l'avouer, assez mal l'hébreu.
Quant aux rédacteurs du Meassef, l'un d'eux, Isaac Eichel (1756-1804), se distingua par ses articles polémiques contre les superstitions et l'obscurantisme des orthodoxes du ghetto. Eichel est également l'auteur d'une étude biographique sur Mendelssohn, publiée à Vienne en 1814.
L'autre, Baruch Lindau, publia entre autres un traité des sciences naturelles intitulé: Reschith Limoudim (Éléments des Sciences), Brunn, 1797. Notons aussi le savant professeur de l'Université d'Upsal, M. Levison, qui contribua au succès du Meassef par une série d'études scientifiques.
La Pologne, qui avait jusqu'alors fourni des rabbins et des professeurs de Talmud, ne tarda pas à participer à l'œuvre des Meassfim. Plusieurs des collaborateurs polonais du Meassef méritent une mention spéciale.
Le spirituel et profond disciple de Kant, Salomon Maïmon, n'a publié, en dehors de ses travaux d'exégèse et de son commentaire ingénieux sur Maïmonide, rien d'original en hébreu.