Un autre écrivain polonais, Salomon Doubno (1735-1813), fut un grammairien et un styliste remarquable; il fut aussi un des premiers collaborateurs de Mendelssohn à l'œuvre du Biour (commentaire de la Bible). Il publia, entra autres, un drame allégorique et des poésies satiriques dont l'Hymne à l'hypocrisie est un modèle achevé[13].

Juda ben-Zeeb (1764-1811) publia à Berlin une Grammaire hébraïque conçue d'après les méthodes modernes: c'est le Talmud Leschon Ivri[14] (Manuel de la langue hébraïque). Par cette œuvre il a beaucoup contribué à la propagation de la linguistique et de la rhétorique parmi les juifs. Son Dictionnaire hébreu-allemand et sa version hébraïque de Ben Sira sont assez connus des hébraïsants.

Isaac Satonow (1732-1804), Polonais établi à Berlin, est une figure très curieuse par la variété de ses productions ainsi que par l'étrangeté de son esprit.

Doué d'une faculté d'assimilation surprenante, il excellait aussi bien à imiter le style biblique que le style du Moyen-âge. Il maniait aussi ingénieusement l'hébreu que l'araméen. Il attribuait à tous ses écrits une provenance antique. Cette fantaisie n'enlève rien à l'originalité de certains de ses ouvrages. Son anthologie Mischlé Assaf, en 3 livres, attribuée par lui au psalmiste[15], figurerait honorablement dans n'importe quelle littérature.

Citons-en quelques mischlé ou maximes:

La vérité jaillit de la recherche, la justice de l'intelligence. Le commencement de la recherche est l'étonnement, son milieu est le discernement, son but la vérité et la justice.

Le jour de ta naissance tu pleurais et les gens qui t'entouraient s'égayaient; le jour de ta mort c'est toi qui riras et les gens sangloteront autour de toi: sache donc que c'est alors que tu renaîtras pour jouir en Dieu, et la matière[16] ne t'en empêchera plus.

Domine ton esprit afin que les étrangers ne dominent point ta chair.

Les pinces sont faites avec des pinces; le travail est aidé par le travail, et la science par la science.—Ne t'imagine point que tout ce qui te paraît doux soit également doux pour tout le monde. Ne le crois pas: nombreuses sont les belles femmes haïes par leurs maris, et combien de femmes vilaines en sont aimées!

Tout être vivant cesse d'engendrer en vieillissant. Le mensonge, quoique caduc, courtise encore. Plus sa racine vieillit dans la terre, plus il augmente le nombre de ses enfants trompeurs; ses amis se multiplient, et les admirateurs de tout ce qui est vieux concourent à ce que son nom ne disparaisse point de la surface de la terre.