Et cependant y a-t-il quelque chose de réel, de durable dans la vie? Non!
Où sont-elles, les générations oubliées? Leur nom même a disparu. Qui échappera à son sort? Pas un seul. Personne ne sera soustrait à la mort. La richesse, la sagesse, la force, la beauté ne sont rien, rien...
Puis, dans un élan de révolte, notre poète s'écrie:
Si je savais que ma voix dût suffire pour détruire avec retentissement toute la création et les armées célestes, je lancerais d'une voix de tonnerre, je crierais: Arrête! Je rentrerais dans le néant avec le reste des hommes. Les vivants n'ont-ils pas conscience que la tombe les engloutira après une vie de tristesses et de misères cruelles?
Toute la vie humaine est comme l'éclair qui précède la foudre de la mort!
Il faut arriver jusqu'à nos jours pour voir cette même pensée reprise certes avec moins de vigueur par Maupassant dans Sur l'eau.
Mais, au bout du compte,
l'homme n'a rien que la conscience douloureuse; il est nu et affamé, mou et sans énergie aucune. Il désire tout ce qu'il n'a pas, languissant jour et nuit.
L'incertitude devant la mort, la frayeur devant la fin fatale, le regret cuisant de la disparition des êtres chers, qui forment le fond du caractère des juifs même les plus croyants, sont exprimés dans une de ses plus belles poésies: «L'Agonisant.» Le scepticisme du Maskil l'emporte sur l'optimisme du juif dans «Le savoir et la mort.»
Un grand malheur vient frapper notre poète. La mort prématurée de son fils, le jeune poète Micha Joseph, sur lequel on avait fondé tant de légitimes espérances, lui arrache des cris de détresse et de désespoir.