Ton ennemie (la cruauté) est plus forte que toi. Si toi tu es un feu ardent, elle est un courant d'eau glacée!
Malheur à toi, ô pitié! Qui donc aura pitié de toi?
Dans quelques traits énergiques le poète hébreu sait décrire l'inanité de l'homme devant la création. Le sort des Hamlets et des Renés est plus enviable que celui du «Plaintif» du ghetto. Eux au moins, avant de se jeter dans la mélancolie et d'embrasser le pessimisme, avaient goûté à la vie, ils ont connu ses charmes et ses déboires. Pour le désabusé du ghetto, les plaisirs personnels et les voluptés de la vie ne comptent pas. C'est au nom de la morale suprême qu'il s'érige en philosophe pessimiste.
Notre existence est un souffle léger comme une barque. Notre tombeau est au seuil de notre vie, il nous attend dès le ventre de notre mère.
Nous sommes ici depuis les origines de la Terre; elle nous change comme l'herbe de sa surface. Elle demeure stable; seuls nous passons sans retour, sans même l'alternative de ne pas débarquer ici-bas.
Nous sommes pour le monde ce qu'est le roseau pour le berger.
Avant qu'il ait fini de dévorer une génération, l'autre est prête à passer.
L'un est englouti, l'autre emporté. Où est notre salut?
À cette ruine universelle, à ce déchaînement des éléments que le plaintif, tout imbu qu'il est de la justice providentielle, se refuse à comprendre, vient se joindre la méchanceté humaine.
Et toi aussi tu deviens le fléau de ton frère. À cette armée céleste, ton prochain se joint, lui aussi... Du courroux de l'homme, ô homme! jamais tu ne seras exempt... Sa jalousie ne finira qu'avec ta disparition.