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Tout espoir n'est cependant pas encore mort.
Dans le cœur de tout ton peuple éparpillé aux quatre coins de la terre ton souvenir vit, gravé avec des lettres de feu et de sang, avec des larmes incessantes!
Une autre poésie populaire, également anonyme, intitulée la «Rose», est d'un accent encore plus désolé et plus désespéré. Piétinée par tous les passants, la rose ne cesse de les implorer:
Ô humains, ayez pitié de moi, rendez-moi à ma demeure!...
En dehors de ces motifs, les poésies lyriques de Lebensohn et la «Colombe plaintive» de Letteris faisaient partie du répertoire populaire.
À ce romantisme populaire vient bientôt, répondant à un besoin de la masse, se joindre le romantisme littéraire.
Un roman traduit du français, les Mystères de Paris, d'Eugène Suë, publié en 1847-48, à Vilna, inaugura le romantisme ainsi que le genre roman en hébreu. Cette traduction ou plutôt cette adaptation du roman français dans un style biblique précieux, valut à son jeune auteur, Calman Schulman, de Vilna (1826-1900), une renommée immense.
Au point de vue littéraire, c'était le genre introduit en hébreu, c'était la lecture amusante, la fiction remplaçant les écrits graves des humanistes. Le succès énorme obtenu par cette première œuvre de Schulman, ses éditions répétées, témoignent de l'existence d'un public qui éprouvait le besoin de la lecture facile. Désormais le romantisme régnera en maître, la Melitza deviendra le style de la fiction, elle fera les délices des amis de la langue biblique.
Esprit peu original, Calman Schulman contribuera plus qu'aucun autre écrivain à la diffusion de l'hébreu dans le cœur de la masse du peuple. Un demi-siècle durant, il sera considéré par le peuple comme le maître de l'hébreu.