Romantique et conservateur en matière religieuse, exalté pour tout ce qui est un produit du peuple juif, naïf dans ses conceptions de la vie, il exerça son activité sur tous les domaines littéraires. Il a publié une Histoire universelle en 10 volumes, une Géographie également en 10 volumes, des études biographiques et littéraires sur les écrivains juifs du Moyen-âge en 4 volumes, un roman national remanié, de l'époque de Bar Cochba, des traductions innombrables, des recherches bibliques et talmudiques fort curieuses[49].
Il écrit dans la langue même d'Isaïe. La préciosité et l'emphase excessive de son style, ses conceptions naïves, sa sentimentalité romantique pour tout ce qui est juif, allant droit au cœur des primitifs non cultivés que furent ses lecteurs, expliquent le succès mérité de cet écrivain, pourtant si peu original. Ses œuvres se répandaient par milliers et milliers d'exemplaires et propageaient l'amour de l'hébreu, de la science et du savoir parmi le peuple. À ce titre, Schulman fut un civilisateur de premier ordre. Son œuvre forme l'étape inévitable par laquelle passait et passe souvent encore le Maskil dans son évolution vers la civilisation moderne.
Schulman a fait école. Son style poétique et enflé s'imposa longtemps à tous les sujets et empêcha l'évolution naturelle de la prose hébraïque, inaugurée par M.-A. Ginzburg.
Les créateurs ne tardèrent pas à venir. Parmi les poètes de l'École romantique une première place appartient à Micha-Joseph Lebensohn, dit Micha (1828-1852), fils de A.-B. Lebensohn.
Tendre et gracieux autant que son père était dur et rigide, M.-J. Lebensohn fut le seul écrivain du temps qui eut la chance de recevoir une éducation moderne complète. De plus, il n'avait pas connu comme tous ses contemporains la cruelle nécessité et les luttes pour l'affranchissement personnel. Il possédait à fond la littérature allemande et il avait suivi à Berlin les cours de philosophie de Schelling. Avec cela, il possédait l'hébreu comme une langue vivante et sut traduire en elle ses pensées les plus intimes, toutes les nuances du sentiment.
La riche imagination poétique, l'harmonie de son style, ses expressions colorées et imagées, son lyrisme profond, non dénaturé par l'exagération ronflante et emphatique de ses prédécesseurs, font de Michal le premier poète artiste en hébreu.
Il débuta en 1851 par une traduction de la Destruction de Troie, de Schiller[50], admirable de style et d'élégance poétique. Il est le premier qui ait appliqué rigoureusement la prosodie moderne à la poésie hébraïque. Son recueil poétique Schiré Bath Sion (Les chants de la fille de Sion)[51] est un véritable chef-d'œuvre. Il contient six poèmes historiques admirables de pensée, de forme et d'inspiration. Dans «Salomon et Coheleth», son plus grand poème, il nous fait d'abord assister à la jeunesse du roi Salomon. C'est l'amour de Salomon pour la Sulamite, amour sublime, exalté, qui est chanté pour la première fois d'une façon merveilleuse. La joie de vivre fait tressaillir toutes les fibres du cœur du poète... Puis c'est la vieillesse de l'Ecclésiaste contrastant si puissamment avec la jeunesse de Salomon. C'est le roi désenchanté, sceptique, convaincu de la vanité de l'amour, de la beauté, du savoir; tout n'est que poussière, vanité des vanités. Et le jeune poète romantique termine son poème en concluant que la sagesse ne peut exister sans la foi, et que seule cette dernière est capable de donner à l'homme la suprême satisfaction.
«Joel et Sisera» est une très belle pièce poétique. C'est la lutte intérieure qui s'engage, dans le cœur de la vaillante femme chantée par Débora, entre les devoirs de l'hospitalité et son attachement à son pays. Finalement ce dernier l'emporte:
Vivant au milieu de ce peuple, établi dans son pays, ne dois-je pas aspirer à son bien-être, au bonheur des siens? N'est-il pas aussi mon peuple?
«Moïse sur le Mont Abarim» est plein d'admiration pour le grand législateur. Il se termine par ces deux vers: