PARIS.
IMPRIMERIE NATIONALE.
M DCCC LXXXVIII.
Sur la proposition du Président de la Mission de l’exploration scientifique de la Tunisie, M. le Ministre de l’instruction publique voulut bien me confier la direction de l’un des deux groupes d’explorateurs chargés, en 1884, de poursuivre dans la Régence les recherches d’histoire naturelle auxquelles j’avais déjà contribué, en 1883, sous la direction de M. E. Cosson, et, précédemment, en 1874, par une première mission botanique[1].
Le groupe que j’avais l’honneur de diriger se composait de MM. Valéry Mayet, professeur à l’École nationale d’agriculture de Montpellier, le docteur Bonnet, préparateur au Muséum d’histoire naturelle de Paris, et Doûmet-Adanson. Il avait pour instructions d’explorer la partie sud de la Tunisie entre Sfax, Gafsa, la rive nord des chotts El-Djerid et El-Fedjedj, Gabès et la mer. Son itinéraire devait en outre comprendre une visite aux îles Kerkenna et à l’île de Djerba, ainsi que quelques excursions aux environs de Tunis, dans la vallée de la Medjerda, et à la petite île de Djezeïret Djamour (Zembra), pour compléter l’exploration faite, en 1883, dans le Nord, le Centre et la presqu’île du cap Bon, sous la direction de M. E. Cosson. Ce programme, malgré son étendue, a été entièrement réalisé, et notre voyage, commencé le 25 mars, n’a pris fin que le 7 juillet, époque à laquelle la chaleur et la sécheresse ne permettent plus d’obtenir de résultats satisfaisants d’une exploration dans ces contrées.
Les membres du groupe que j’ai dirigé appartenant tous à la section de botanique et de zoologie, nos recherches devaient avoir pour principal objet la connaissance de la flore et de la faune de la Tunisie ; mais, comme dans tout voyage scientifique rien ne doit être négligé de ce qui peut intéresser la science à tous les points de vue, chaque fois que l’occasion s’en est offerte, nous avons, mes compagnons et moi, joint à nos études spéciales des observations très diverses, notamment sur la météorologie, la géologie et la paléontologie, sur l’hydrologie et même sur l’archéologie tant historique que préhistorique. C’est dans ce même ordre d’idées, convaincus que l’œuvre commune ne pourrait qu’y gagner, que nous n’avons jamais cru devoir nous abstenir de recherches sur divers points que devaient visiter également d’autres membres de la Mission. Il y avait, du reste, tout avantage pour la science à ce que ces localités fussent abordées à deux époques différentes.
L’étendue de nos travaux, les soins matériels journaliers et l’organisation générale d’un voyage dans des pays le plus souvent dépourvus des ressources nécessaires à la vie, étaient plus que suffisants pour absorber tous les instants des membres de la Mission ; mais je m’empresse de constater que par suite des mesures concertées entre le Ministère de l’instruction publique et celui de la guerre, et grâce au bienveillant concours de toutes les autorités de la Régence, nos excursions se sont effectuées dans les meilleures conditions.
Les membres de notre groupe ne sauraient oublier le bon accueil qui leur a été fait par M. Cambon, Ministre Résident, par M. le baron d’Estournelles et par tous les fonctionnaires de la Résidence, par MM. les généraux Boulanger, Riu et Allegro, par M. l’intendant général Taquin, par les colonels d’Orcet et de la Roque, les commandants Cabuch, du Puch et d’Amboix, les capitaines Coste, du Couret, d’Assailly, Grandjean et tous les officiers et médecins militaires du corps d’occupation.
Indépendamment des facilités de transport et des mesures de sécurité, nous leur avons dû de précieux renseignements sur la topographie du pays ainsi que beaucoup d’indications précises sans lesquelles il nous eût été difficile de mener à bien notre mission. Il y aurait aussi ingratitude de notre part à ne pas comprendre dans nos remerciements MM. Matteï, ancien vice-consul de France à Sfax, Gaud, directeur des postes dans la même ville, le khalifa de Djerba, l’agent de la Compagnie transatlantique à Houmt-Souk, M. Carleton, agent consulaire à Zarzis et le khalifa de cette localité, qui nous ont prêté le concours le plus utile. Ajoutons que M. Matteï a poussé le dévouement jusqu’à faire avec moi une excursion pénible de plusieurs jours dans les îlots de Kerkenna, mettant ainsi à ma disposition son influence personnelle et la connaissance approfondie qu’il a de ce groupe d’îles intéressant.