Je suis heureux d’exprimer ici toute ma gratitude à mon excellent ami M. le docteur E. Cosson qui, malgré ses nombreuses occupations, a bien voulu vérifier la détermination de la plupart des plantes recueillies par nous dans le cours de notre mission et reviser le texte de la partie botanique de ce rapport.


RAPPORT
SUR
UNE MISSION BOTANIQUE
EXÉCUTÉE EN 1884
DANS LA RÉGION SAHARIENNE, AU NORD DES GRANDS CHOTTS,
ET DANS LES ÎLES DE LA CÔTE ORIENTALE
DE LA TUNISIE.

I

Excursions aux environs de Tunis et dans plusieurs localités sur la voie ferrée de la vallée de la Medjerda.

Partis de France le 24 mars, nous débarquons à la Goulette le 26 et arrivons à Tunis le même jour. Sans perdre de temps, nous nous mettons en relation avec les autorités françaises pour obtenir les ordres indispensables à l’accomplissement de notre voyage dans le Sud ; mais, comme d’une part nous sommes forcés d’attendre durant huit jours le prochain départ du paquebot de la côte, et que d’autre part nous avons pour instructions de compléter par quelques herborisations printanières les documents recueillis par la Mission botanique de 1883, à une époque plus tardive, nous faisons, dès le 28 mars, une course à la Marsa et dans la plaine de la Riana. La liste des plantes observées ou recueillies dans cette herborisation comprend à peu près l’ensemble du fonds de la végétation, tant dans la plaine et les terres cultivées que dans les sables et les dunes maritimes ; si elle n’ajoute que peu d’espèces à la flore de Tunis, elle a fourni des indications nouvelles de localités. Dans cette première course, M. V. Mayet a aussi recueilli des documents intéressants pour la faune entomologique de cette partie du pays encore peu étudiée à ce point de vue.

La liste des plantes observées ou récoltées dans l’herborisation à la Marsa et dans les environs de Soukra comprend près de deux cents espèces, mais la plus grande partie figurant déjà dans les listes de 1883, nous n’en citerons que quelques-unes des plus intéressantes, telles que : Medicago secundiflora, Lotus ornithopodioides, Geranium tuberosum et Eufragia latifolia.

La faune entomologique des environs de Tunis rappelle en général celle de la province de Constantine : le Scarites des dunes littorales est le S. Gigas (comme à Alger et à Bône) et le seul Blaps que l’on y rencontre est le B. Gigas qui habite tout le pourtour de la Méditerranée. Le Pimelia des dunes est le Pimelia inflata, comme en Algérie ; toutefois à la Goulette, entre la villa Kheredine et le lac El-Bahira, on trouve en abondance le P. latipes Sol., espèce propre à la Tunisie. La fréquence du Tyntiria Barbara, rare en Algérie, est également à noter. Les terrains salés, principalement ceux qui entourent le lac El-Bahira, rappellent ceux du littoral algérien. Hammam-el-Lif fait cependant exception, car nous y avons capturé certaines espèces qui méritent examen, entre autres un Melasoma de Sicile, le Halonomus ovatus. Nous y signalerons aussi l’abondance du Cicindela Maura.

Le 31 mars, nous nous transportons par le chemin de fer à Oued-Zerga, station qui doit son nom à l’un des principaux affluents de la Medjerda et sa triste célébrité à l’odieux massacre qui y a été commis au commencement de notre occupation. De nombreux essais de plantation de Vigne ont été entrepris avec succès autour de cette station, signalée au loin par un véritable bois d’Eucalyptus d’une vigueur qui démontre la valeur incontestable des arbres de ce genre au point de vue du reboisement rapide de cette partie du pays actuellement dénudée.