Les rives très herbeuses de l’Oued Zerga, que nous suivons en en descendant le cours, nous fournissent un certain nombre de plantes qui manquaient aux herborisations de 1883 ; mais c’est principalement l’exploration d’un bois de Lentisques (Pistacia Lentiscus) et de Chênes verts (Quercus Ilex) qui nous offre le plus d’intérêt en raison des nombreuses Orchidées que nous y trouvons en plein état de floraison. En entomologie, les récoltes n’y sont pas moins fructueuses ; quelques reptiles y sont également capturés par M. Mayet. Nous devons malheureusement et à regret quitter trop promptement cette riche localité, notre retour à Tebourba devant s’effectuer le soir même afin de nous permettre d’explorer les environs de cette ville dès le lendemain matin.

Parmi les plantes récoltées à Oued-Zerga, nous devons citer plus spécialement :

Ranunculus millefoliatus, espèce généralement rare en Tunisie et confinée en Algérie dans la région montagneuse ; Haplophyllum Buxbaumii, qui manque à l’Algérie ; Salvia viridis ; Orchis longicruris, rare ; O. papilionacea ; Aceras anthropophora ; Ophrys Scolopax, assez rare en Tunisie ; O. bombyliflora, nouveau pour la flore tunisienne ; O. tabanifera, également nouveau pour la flore ; O. lutea ; O. Speculum.

Le 1er avril, dès six heures du matin, et après une nuit passée sur les dalles de la salle d’attente du chemin de fer (Tebourba n’offrant même pas trace d’une auberge), nous nous acheminons vers le Battant, ancien barrage construit par les Romains sur la Medjerda et utilisé par les Beys de Tunis pour la prise d’eau d’une fabrique de chechias et de couvertures, jadis florissante mais actuellement abandonnée.

La plaine qui sépare Tebourba de la Medjerda, étant complètement couverte de cultures et de vieux Oliviers, n’offre que peu d’intérêt au naturaliste, mais le gigantesque travail des Romains mériterait les honneurs d’une étude spéciale qui rentre dans les attributions de la section d’archéologie et échappe à notre compétence. Tebourba a été visité en 1883 par la Mission botanique, mais la découverte faite depuis aux environs du Battant par M. Vira, vétérinaire de l’armée, d’une plante orientale curieuse, le Leontice Leontopetalum, inconnue jusque-là en Afrique et dont les stations les moins éloignées sont la Grèce et l’archipel grec, donne à notre course un intérêt spécial. Après de longues et pénibles recherches dans les terres argileuses que rend peu praticables une pluie fine et serrée, nous sommes assez heureux pour rencontrer les premiers spécimens de la plante convoitée, qui devient plus abondante à mesure que nous pénétrons dans les vastes champs de céréales situés sur la rive droite du cours d’eau. Cette abondance et l’étendue qu’elle occupe démontrent qu’elle y est réellement spontanée.

Aux environs de Tebourba et du Battant, outre le Leontice, nous ne signalerons que l’Aceras Robertiana, nouveau pour la Tunisie, et l’Allium triquetrum, déjà trouvé en Kroumirie par la Mission de 1883.

Tandis que nous faisions ample récolte du Leontice, M. Mayet se livrait à une fructueuse chasse d’insectes dans les détritus du bord du fleuve et était assez heureux pour y recueillir aussi quelques échantillons d’une espèce de mollusques du genre Unio, la première signalée jusqu’à présent dans les cours d’eau de la Régence. La faune de la vallée de la Medjerda peut être assimilée à celle des environs de Philippeville et de Bône.

Six kilomètres au moins nous séparent de Tebourba ; aussi devons-nous battre en retraite afin de ne pas manquer le train qui doit nous ramener à Tunis.

De retour dans cette ville, pendant que je mets la dernière main aux préparatifs du départ pour le Sud, M. Mayet fait une fructueuse récolte entomologique aux ruines de Carthage et dans les sables du littoral, entre ce point et la Goulette.

II