Séjour à Sfax. — Première excursion aux îles Kerkenna.
Le 3 avril, la Mission s’embarque pour Sfax sur le paquebot de la Compagnie transatlantique.
Le 5, jour même de notre arrivée à Sfax, une herborisation est faite dans les anciens cimetières musulmans. Cette localité fort riche nous fournit un assez grand nombre d’espèces appartenant à la flore du Sud, mais dont la majeure partie ont déjà été signalées et récoltées antérieurement par MM. Espina et Kralik en 1854, et par moi-même en 1874. A cette date, j’avais pu récolter en nombreux échantillons le Tetradyclis Eversmanni, dans les terrains marécageux situés au nord-est du port ; aujourd’hui ces terrains sont occupés par les bâtiments de l’hôpital militaire et l’entrepôt des alfas, et après de minutieuses et infructueuses recherches, nous avons le regret de constater la disparition de cette plante orientale si curieuse, dont Sfax était la seule station connue sur la côte tunisienne et dans le territoire des États Barbaresques.
La flore des environs de Sfax est caractérisée par un assez grand nombre de plantes sahariennes, ou tout au moins désertiques, associées aux espèces littorales. Nous citerons seulement les quelques espèces suivantes : Ammosperma cinereum, exclusivement saharien en Algérie ; Muricaria prostrata, qui ne se rencontre en Algérie que sur la lisière du Sahara et dans les parties chaudes des Hauts-Plateaux ; Rapistrum bipinnatum, rare et exclusivement saharien en Algérie ; Reseda propinqua, du Sahara en Algérie ; Trigonella maritima, plante orientale manquant à la flore d’Algérie ; Filago Mareotica, espèce rare, mais très abondante sur beaucoup de points en Tunisie dans les terrains salés ; Anacyclus Alexandrinus var., du Sahara et de la partie chaude des Hauts-Plateaux en Algérie ; Centaurea contracta, plante de la Cyrénaïque qui manque à l’Algérie ; Plantago Syrtica, propre au Sahara en Algérie ; Paronychia longiseta, saharien en Algérie ; Trisetum pumilum, saharien en Algérie.
Les environs de Sfax ont fourni un assez grand nombre d’insectes appartenant également à la faune algérienne, tels que : Tetracha Euphratica, Julodis Onopordi, Calosoma Maderæ, Tyntiria bipunctata, etc., et, comme pour la flore, un certain nombre de types désertiques commencent à apparaître. Nous citerons entre autres : Blaps Barbara, Pimelia simplex et Valdani, les uns et les autres des Hauts-Plateaux et du Sahara algériens ; Morica octocostata, Cicindela Ægyptiaca, Blatta Ægyptiaca.
Un gros crustacé isopode (Hemilepictus Reaumuri) court partout sur le terrain argileux, et, dans le genre Armadillo, une espèce nouvelle décrite par M. Simon (A. Mayeti) est à citer. Nous relaterons en outre l’abondance de deux espèces de Lépidoptères cosmopolites, le Vanessa Cardui et le Deiopeia pulchella.
En reptiles, les environs de Sfax ont fourni une abondante récolte de Sauriens, parmi lesquels : Eremias guttulata, Acanthodactylus vulgaris, Platydactylus muralis, Hemidactylus verruculatus, Stenodactylus punctatus, ce dernier dans les cimetières où il sort des tombes le soir.
Plusieurs visites faites dans les marchés nous ont permis de constater la présence des espèces de poissons suivantes : Serranus Scriba, S. Gigas, Scorpena Porcus, Labrus Pavo, L. Turdus et ses variétés, Crenilabrus viridis, Seriola Dumerilii, Cantharus vulgaris ? (devant peut-être être distingué comme espèce par son museau allongé), Corvina nigra, Chrysophris aurata, Pagellus Mormyrus, Sargus vulgaris, Mullus barbatus, Mugil Labeo, M. auratus, M. ? (espèce à museau pointu), Belone Acus, Solea vulgaris, Balistes Capriscus, Torpedo Narke, Carcharodon Lamia, Notidanus griseus, Pastinaca vulgaris, Cephalopterus Giornæ, Rhinobates ?
Nous ajoutons que les Sélaciens paraissent très abondants et sont, à l’état sec, l’objet d’un commerce particulier.
La recherche des mollusques marins eût nécessité un séjour prolongé et des moyens spéciaux que nous n’avions pas à notre disposition ; ce n’est donc qu’à titre de simple renseignement que nous notons : Loligo vulgaris, Sepia vulgaris, Conus Mediterraneus, Cyprea Onyx (trois exemplaires acquis d’un pêcheur d’éponges ainsi qu’un groupe de Siliquaria), Cerithium vulgatum, Cardium edule var., Pinna marina (très abondante entre la côte et les îles Kerkenna), Dentalium Entalis (abondant sur la plage), Janthina communis et violacea, et dans les Zostères rejetées par la mer, trois spécimens d’un mollusque rare appartenant au genre Cylichna, ce qui nous fait encore plus regretter de n’avoir pu fouiller les fonds herbeux du chenal qui sépare les îles Kerkenna de la côte.