De Gafsa au Bir Marabot : El-Guettar, Oum-el-Asker, bords du Chott El-Fedjedj, Oum-Ali, Djebel Berd, Bir Marabot.
Le 18 et le 19 mai sont employés à compléter nos approvisionnements et à reformer notre convoi.
Le 20, nous quittons définitivement Gafsa, en prenant la direction d’El-Guettar. Notre caravane est constituée comme à notre départ de Sfax, car nos chameliers ont tenu à nous attendre pour continuer le voyage avec nous ; notre personnel s’est seulement accru d’un spahi appartenant à la garnison de Gafsa, qui nous a été donné comme conducteur par le colonel d’Orcet, et du frère de ce spahi qui, connaissant beaucoup mieux le pays, lui sert à son tour de guide.
De plus, nous sommes accompagnés par un habitant de Gafsa, dont la femme malade de la fièvre et le petit garçon atteint d’une ophtalmie ont reçu la veille une consultation du docteur Bonnet ; la confiance de ce brave homme dans le savoir du « thebib francis » est si complète qu’il a sollicité la grâce de nous suivre, avec son fils aîné et son jeune enfant, en dépit des fatigues et des privations que nous lui prédisons.
Au delà du large lit de l’Oued Baïech que nous avons franchi au-dessus du barrage du général Philebert, nous cheminons longtemps entre de fertiles jardins, où les arbres fruitiers se mêlent à de splendides groupes de Dattiers et d’Oliviers. Nous laissons à gauche l’oasis de Lella, située au pied des montagnes, et, prenant la grande route de Gabès, nous débouchons bientôt dans une vaste plaine pierreuse dénuée de toute végétation arborescente. Cette plaine, que j’avais déjà traversée en 1874 et dont j’avais conservé un souvenir désagréable, offre une assez grande similitude avec celle de la Crau dans les Bouches-du-Rhône ; et, comme pour accentuer cette ressemblance, un vent des plus violents se met à souffler, soulevant des tourbillons de poussière qui nous enveloppent à chaque instant, arrêtant parfois même notre marche et surtout celle du convoi. La récolte de quelques bonnes plantes nous dédommage un peu de l’ennui de la route ; quant aux insectes, il ne peut en être question ; ils se sont tous mis à l’abri du vent.
A mesure que nous avançons vers El-Guettar, nous nous rapprochons du pied du Djebel Arbet, dont j’avais fait l’ascension en 1874 en y endurant une chaleur torride et une soif ardente. A plus de 1100 mètres d’élévation, c’est-à-dire au sommet, se trouve actuellement un poste de télégraphie optique qui correspond avec Gafsa. Vers une heure, nous atteignons le poste de la compagnie de discipline qui réside à El-Guettar, et, dès que notre convoi nous a rejoints, nous nous empressons de dresser nos tentes à l’abri des premiers groupes d’Oliviers qui se sont montrés à nous. Le lieu est des mieux choisis, bien que le vent, une véritable tempête de l’est, rende l’établissement de notre campement des plus difficiles. Puis, après le repas et notre visite à l’officier commandant le poste, je me dirige, en dépit du mauvais temps, vers le pied du Djebel Arbet où je fais une fructueuse herborisation, pendant que M. Valéry Mayet se livre, de son côté, à la chasse des insectes et des reptiles.
Les environs d’El-Guettar et surtout la base du Djebel Arbet ou Orbata sont riches en plantes. Aussi, malgré le mauvais temps et la brièveté de notre séjour, nous avons pu y récolter un grand nombre d’espèces, parmi lesquelles nous citerons :
- Matthiola oxyceras DC. var. basiceras Coss. et Kral.
- Conringia Orientais Andrz.
- Ammosperma teretifolium Boiss. (Brassica teretifolia Desf.).
- Farsetia Ægyptiaca Turr.
- Neslia paniculata Desv.
- Reseda propinqua R. Br.
- Erodium arborescens Willd.
- —— guttatum Willd.
- Retama sphærocarpa Boiss.
- Astragalus corrugatus Bert. var. tenuirugis.
- Eryngium (espèce peut-être nouvelle).
- Callipeltis Cucullaria Stev.
- Scabiosa Monspeliensis Jacq.
- Leyssera capillifolia DC.
- Senecio Decaisnei DC.
- Senecio coronopifolius Desf.
- Chamomilla aurea J. Gay.
- Asteriscus aquaticus Mœnch.
- Cyrtolepis Alexandrina DC. var.
- Centaurea furfuracea Coss. et DR.
- Zollikoferia angustifolia Coss. et DR.
- —— resedifolia Coss. var.
- Echinospermum Vahlianum Lehm.
- Linaria fallax Coss.
- —— laxiflora Desf.
- Celsia laciniata Poir. var.
- Scrophularia arguta Ait.
- Andrachne telephioides L.
- Euphorbia glebulosa Coss. et DR.
- Forskahlea tenacissima L.
- Andropogon laniger Desf.
- Chloris villosa Pers.
La faune entomologique des environs d’El-Guettar est la même que celle de Gafsa, mais on y rencontre aussi quelques espèces monticoles telles que : Gonocleonus Heros et Pimelia Tunetana. Le Calosoma Olivieri y est mêlé, comme à Gafsa, au C. Maderæ du Nord de la Régence. On y retrouve aussi une espèce prise à Tozzer : Ocnera grisescens.
D’après les renseignements fournis par le lieutenant commandant le détachement de disciplinaires, l’Hyène serait commune dans le massif du Djebel Arbet. C’est aussi d’après la description que m’en avaient faite les indigènes à El-Guettar en 1874, que je crus pouvoir indiquer l’existence du Naja en Tunisie, fait dont nous avons eu la confirmation au Redir d’El-Aïa.