Comme renseignement géologique, nous signalerons, au pied même du Djebel Arbet, un calcaire dur renfermant de gros nodules de silex, parfois géodiques, qui se détachent de la roche par désagrégation.
L’heure avancée nous a ramenés, M. Valéry Mayet et moi, au camp où nous attend une nuit des moins agréables et des plus anxieuses, la fureur du vent nous faisant craindre, à tout instant, de voir les amarres de nos tentes se casser et celles-ci se renverser sur nous.
El-Guettar ayant déjà été visité par moi dans ma mission de 1874, il y a moins d’intérêt à y séjourner, et le 21, à neuf heures du matin, nous faisons route pour les montagnes d’Oum-el-Asker. En traversant la sebkha d’El-Guettar, dont les grandes pluies des jours précédents ont accru la quantité d’eau au point d’en rendre le passage difficile en certains endroits, nous recueillons : Delphinium pubescens var. dissitiflorum, Statice pruinosa, S. globulariæfolia, S. echioides, S. Thouini var.
Des collines de nature désertique, qui succèdent à la sebkha, nous offrent une flore assez riche. Laissant sur notre gauche une tombe de marabout, isolée dans une plaine herbeuse au-dessus de laquelle tournoient de nombreux rapaces (Busards), nous arrivons à l’entrée des gorges d’Oum-Ghafa. Là nous sommes en plein terrain calcaire, et le lit desséché du torrent est creusé à travers de puissants bancs d’énormes huîtres (Ostrea proboscidea) enchâssées dans une sorte de molasse jaunâtre sableuse qui paraît appartenir à l’étage sénonien (Rolland). Nous faisons halte à l’entrée d’une gorge sauvage, près d’un redir creusé dans le rocher et rempli d’une eau dont l’aspect n’a rien d’engageant et qui est peuplée de tortues (Emys leprosa). La gorge étant impraticable pour les animaux, nous tournons la montagne par la droite, afin de gagner les défilés pittoresques du Djebel Cheguieïga, dans lesquels nous engage un chemin parsemé de tables d’un calcaire poli et glissant contenant quelques fossiles. Sortant enfin de cet affreux chaos de rochers, nous nous trouvons dans une coupure large d’environ 300 mètres, entre deux énormes falaises à pic, des plus étranges par leur forme et leur coloration. Ce passage, sorte de disjonction de la montagne, porte le nom de Fedj El-Kheïl et est des plus curieux à étudier. Nous y établissons notre campement pour la nuit, et nous y trouvons de nombreux fossiles, notamment des Nummulites et un Nautile d’assez grande taille, le premier que nous ayons encore rencontré.
Le massif du Djebel Cheguieïga, que nous n’avons fait que traverser, nous a fourni une intéressante récolte de plantes, parmi lesquelles nous noterons :
- Lonchophora Capiomontiana DR.
- Ammosperma teretifolium Boiss.
- Diplotaxis pendula DC.
- Capparis spinosa L. var. Fontanesii.
- Reseda Duriæana J. Gay.
- Erodium arborescens Willd.
- —— hirtum Willd.
- —— glaucophyllum Ait.
- Lathyrus Clymenum L.
- Hippocrepis bicontorta Lois.
- Hedysarum carnosum Desf.
- Reaumuria vermiculata L.
- Pteranthus echinatus Desf.
- Gymnocarpon decandrum Forsk.
- Gymnarrhena micrantha Desf.
- Pyrethrum fuscatum Willd.
- Calendula stellata Cav. var. hymenocarpa.
- Microlonchus Duriæi Spach.
- Amberboa Lippii DC.
- —— crupinoides DC.
- Zollikoferia quercifolia Coss. et Kral.
- —— angustifolia Coss. et DR.
- Echinospermum Vahlianum Lehm.
- Arnebia decumbens Coss. et Kral. var. macrocalyx.
- Plantago ovata Forsk.
- Caroxylum articulatum Moq.-Tand.
- Traganum nudatum Delile.
A peine sommes-nous installés sur ce point, d’où la vue embrasse une vaste étendue vers le sud, que nous recevons la visite du cheïkh d’un douar voisin, lequel, réparant la maladresse de son frère, chef lui-même d’un autre douar où l’on avait refusé de vendre un mouton à nos spahis, vient nous en offrir plusieurs et insiste pour nous faire accepter chez lui la diffa le lendemain à notre passage.
Le 22, dès l’aube, nous achevons d’explorer les alentours accidentés de notre campement, et nous éprouvons une désagréable surprise à la vue d’une Vipère-à-cornes qui est venue pendant la nuit s’abriter sous une caisse, à l’entrée même de l’une de nos tentes ; le redoutable serpent est immédiatement puni de cette audace par son immersion dans l’alcool. Ce reptile est abondant dans ces lieux pierreux, et la présence du Naja dans la plaine du Bled Cegui, qui précède l’Oum-el-Asker, nous est affirmée par le cheïkh du douar voisin.
La coupure du Fedj El-Kheïl est des plus curieuses, car elle montre à nu les diverses couches superposées qui forment le Djebel Cheguieïga. A la base, des calcaires noirs très durs, puis des marnes rouges ferrugineuses, et enfin des dolomies surmontant le tout et formant la crête. Au pied de ces escarpements on trouve de nombreux fossiles ; c’est là que j’ai recueilli le Nautile dont il est question plus haut. Les Dolomies du sommet se délitent à certains endroits et forment des dentelures capricieuses, qui, vues d’une certaine distance, prennent l’aspect de murailles en ruine.
La flore du Fedj El-Kheïl est presque identique à celle du Djebel Cheguieïga, dont il n’est du reste qu’une coupure ; nous ne citerons donc que les quelques espèces suivantes : Capparis spinosa var., Deverra chlorantha, Galium petræum, Rhanterium suaveolens, Celsia laciniata, Plantago ovata, Panicum Teneriffæ.