Le fait zoologique le plus saillant observé dans l’îlot de Djamour est la présence en quantité innombrable du Lapin, qui y est l’objet d’un trafic avec Tunis. Les individus de ce rongeur que nous avons pu nous procurer ne nous ont montré aucun caractère qui le distingue de l’espèce d’Europe. Le Lapin se trouve aussi dans l’îlot voisin (Zembretta) et dans l’îlot situé près de Sousa et qui, à cause de son abondance, est appelé Conigliera (du nom italien du lapin : coniglio), tandis qu’il n’existe en Tunisie sur aucun point de la terre ferme.
Nous signalerons aussi l’abondance extrême des oiseaux de mer (Puffins, Pétrels, Stercoraires) qui nichent par milliers dans les rochers du nord-ouest de l’îlot.
Il est regrettable que la brièveté de notre séjour à Djamour ne nous ait pas permis de nous livrer à la recherche des mollusques marins, car quelques débris de coquilles, entre autres des Patella Lamarckii et P. Oculus, de très grande taille, ainsi que des Purpura Hæmastoma et P. Bezoar, nous font présumer qu’il y aurait beaucoup à trouver en explorant le rivage et les roches qui entourent l’îlot. Quant aux mollusques terrestres, l’extrême sécheresse en a rendu la recherche infructueuse.
La saison était également trop avancée pour les chasses entomologiques, et notre court séjour ne nous a procuré qu’un coléoptère intéressant, mais en grande abondance, le Philax Tuniseus Leurat, que nous n’avions pas rencontré sur le continent.
Notre excursion à l’îlot de Djamour termine, ainsi que nous l’avons dit déjà, la série des recherches dévolues à notre groupe d’explorateurs. Du reste, la saison avancée et les chaleurs ne nous eussent plus permis d’obtenir des résultats sérieux.
Le samedi 5 juillet, nous quittons la terre d’Afrique, et le 7 au matin nous débarquons dans le port de Marseille, après un voyage de 106 jours, dont plus de 90 ont été exclusivement consacrés aux explorations. Enfin, les membres du groupe dont j’avais eu l’honneur de diriger les recherches se séparent à Marseille, après avoir adressé au Ministère de l’instruction publique, pour être remis aux mains du Président de la Commission scientifique, les résultats de leurs récoltes.
Je crois pouvoir dire, en terminant cet historique de notre voyage, que nous avons conscience, mes collègues et moi, d’avoir apporté dans l’accomplissement de la mission qui nous avait été confiée le dévouement le plus absolu à la science. Rien n’a été négligé par nous pour obtenir les résultats les plus fructueux, eu égard à la grande étendue de pays que nous avions à parcourir et aux ressources trop limitées mises à notre disposition. Trop souvent, nous avons eu à regretter le manque de temps ou de moyens d’action. C’est ainsi que l’exploration des montagnes de Ceket et de Sened, et en général de toute la région du Tahla, ainsi que celle du Djebel Berd, aurait exigé au moins le double du temps que nous avons pu y consacrer. Le fond de la mer, entre l’île de Djerba et la côte, dans le canal des Kerkenna, et surtout autour de la petite île de Djamour, aurait pu donner lieu à de fructueux dragages, que nous n’avions pas le moyen d’exécuter. Ces dragages auraient certainement fait connaître des crustacés, des mollusques et des zoophytes qui eussent offert de l’intérêt. De même, la capture des mammifères et celle des oiseaux ont dû être forcément négligées, leur préparation exigeant beaucoup de temps et ne pouvant être exécutée que par une personne spécialement chargée de cette opération. Nous avons pu, toutefois, rapporter de nombreux reptiles, ainsi qu’un certain nombre d’échantillons de roches et de fossiles qui pourront fournir des indications sur les terrains du pays que nous avons exploré. Ces derniers ont été soumis à l’examen de M. Rolland, et les mollusques terrestres ont été communiqués à M. Bourguignat, l’un des savants auteurs du Prodrome de la malacologie de la Tunisie.
NOTES :
[1]Voir Archives des missions scientifiques et littéraires, 3e série, IV.