—Le genre humain, un genre que je déplore.

—Celui qui veut confondre la reproduction et l'amour, les gâche tous les deux: le mariage est le résultat de ce gâchis.

—A un souper, les femmes deviennent les filles qu'elles sont.

—En entrant au théâtre, je vois écrit: Sortie, et je sors.

—Les poèmes de Mallarmé sont si faciles à retenir parce que chaque mot y est nécessaire et à sa place... (Malheureusement, le reste de la phrase se perd dans du charabia: commotion, vibration, perceptions, etc...)

En somme, Natalie, avec ce que tu possèdes de dons, tu aurais pu affiner en toi autre chose que ta sensualité, ne serait-ce que le sentiment du goût, par exemple, cette chose souhaitable entres toutes. Et surtout tu aurais pu canaliser ces dons vers les choses du sentiment intérieur. Alors seulement la Déesse t'aurait reconnue. Mais certes, tu n'es pas encore,—malgré les poèmes que tu as écrits—sur le sentier qui conduit vers la Déesse. Tu fais trop partie de cette malheureuse humanité féminine, terrain presque imperméable, à propos de laquelle me revient à la mémoire ce que me disait un jour, avec désespoir, pendant la guerre, en parlant de ses ouvrières typographes le contre-maître d'une imprimerie parisienne: «Ah! monsieur, ces ouvrières, c'est plein de bonne volonté, c'est acharné au travail, ça fait bien plus leur possible que les hommes mobilisés qu'elles remplacent! Mais que voulez-vous, avec les femmes, ça ne sort pas! non, monsieur, ça ne sort pas!»

En somme, et pour conclure, je dirai que le livre de Natalie serait un livre à recommencer, sur un tout autre plan, si Natalie était capable d'héroïsme. Mais ce serait un peu tard pour recommencer un livre imprimé et déjà en circulation. Et puis, et puis, je crois bien que Natalie est surtout capable d'intelligence, et non pas d'héroïsme.

Enfin n'ai-je pas prononcé, à son sujet, le mot a-poétique? Que faire à cela? La Poésie n'est pas une question de mots, de syllabes, et d'hexamètres auxquels on aurait plus ou moins cassé l'échine, qu'on aurait plus ou moins fait rimer. La Poésie est surtout dans la vie, dans la pensée intime, et dans le sentiment. C'est un domaine à la fois large ouvert et plus fermé que la vieille Chine flanquée au Nord de sa muraille de trois mille kilomètres. Dans ce domaine du mystère intérieur ne pénètrent que les privilégiés de naissance.

Dr J. C. MARDRUS.

Paris, Décembre 1920.