Recherche d'emploi des immobilisées. Mendicités des oisifs.

Toute cette camelote des sentiments..

La «mouche du coche», qu'importe!... mais la mouche de l'ambulance!...

Elles réveillent leurs malades plusieurs fois dans a même nuit pour leur demander s'ils n'ont besoin de rien.

Quêteuses d'aventures, ou vampires sadiques, auprès des blessés!

On prépare des lits dans les salles de jeu...

"Tas de chiennes en rut, mangeant des cataplasmes."

ARTHUR RIMBAUD.

L'Hôtel, transformé en hôpital militaire, est prêt, avec ses quatre cents lits, pour l'énorme accouchement. Ces dames des plages, déguisées en sages-femmes, attendent là, impatientes et toutes blanches, avec leur croix rouge au front et leurs belles mains ignorantes et sublimées. Et voici l'arrivage des hommes de souffrance, couchés au fond des autos, étendus sur des brancards; camionnés sous la pluie, des Marocains grelottent et voilent leurs faces par pudeur. Un casque de Prussien est entre les bras d'un soldat qui n'a plus de jambes. Le petit caniveau qui sépare la rue de l'entrée de l'hôtel fait grimacer de douleur un officier. Proie étendue sur le large poitrail d'une dame âgée, un zouave, avec les trois quarts du visage qui lui restent, fume une cigarette pour se donner une contenance. Celles qui n'étaient pas de service à la gare s'abattent, du balcon, où elles guettaient, sur les moribonds de premier choix.

Les trois grands bateaux arrivent de Dunkerque avec leur cargaison de guerriers qui chantent. Ils font vibrer de leur poids les cordages et les mâts. Tout est cris et couleurs. Et les bateaux, grandissant, entrent dans le petit port avec leurs hommes rouges et bleus et bruns. Parmi eux un clair Anglais, vêtu de blond, répond en souverain courtois aux «Vive l'Angleterre» qui l'acclament de la jetée. Tandis que les soldats français jettent de petits drapeaux belges à la foule, qui offre en échange cigarettes, chocolat, biscuits, fromages, fleurs, des filles jolies arrachent et donnent leurs collets de dentelle et leurs mouchoirs et leurs gants en gage d'un amour anonyme et généreux. Et lorsque les soldats vident les ponts et descendent à terre, on dirait que les bateaux se déshabillent.