Leurs fusils croisés forment de petits squelettes de tentes sur la place de Honfleur. Les soldats tendent avidement leurs mains aux paysans, aux fillettes qui arrivent, leurs tabliers pleins d'un bon pain chaud, qu'un caporal couvre de confiture. Des femmes et des garçons apportent, en courant, des bouteilles de cidre, des hôteliers envoient les bonnes avec le café destiné à leur clientèle. «Même celui qui n'a rien, donne ce qu'il a», résume quelqu'un derrière moi. Après qu'ils ont rempli leur bouche, les soldats remplissent leurs sacs et la poche arrière de leur uniforme avec des provisions dont l'avarice normande a su les combler,—car l'avarice seule peut avoir la ressource de telles prodigalités. On apporte après, des cartes postales et les fleurs rondes des dahlias qui semblent des décorations militaires. Chacun s'en empare avec la même avidité. Un prêtre aux gestes grandiloquents, entouré de trois dévotes, attend, de toute sa patience ecclésiastique, son tour. Ayant épuisé les autres ressources et amusements, on commence à l'entourer. Il se rengorge de contentement, mais la foule est déjà distraite, et en se détournant le laisse cloué sur place, comme un pingouin.
L'Hôpital est près de la côte de Grâce. Des lits bien nets et des femmes de toutes espèces attendent les blessés qui leur sont promis et qui se font désirer. Je rentre au laboratoire où des sœurs et des jeunes filles, des hobereaux et des cuisinières se font vacciner par une étudiante en médecine, en prévision des fléaux anticipés. Je regarde dans un bocal un foetus de cinq mois; ses jambes croisées, sa grosse petite tête lui donnent l'air d'un sage en ivoire: malgré le grand tuyau qui le rattachait à la vie, il a su ne pas naître!
On parle tous les jours à table, de spicas, d'extractions déballés, de gangrène, de pus bleu, etc..., etc...
Nous apprenons également tout un vocabulaire militaire nouveau, survivant aux communiqués:
Mobilisation. Mulhouse.
Réquisition. Brillantes contre-attaques.
Ultimatum. Guillaume.
Offensive. Leurs grosses pièces d'artillerie
Défensive. donnent peu de résultats.
Les atrocités. Destruction de Louvain.
Le théâtre de la guerre. La Prusse orientale.
Quand les Cosaques viendront... Ils veulent tous retourner au feu.
Nos alliés. Nous reculons, c'est exprès.
Evacuation. Aucun changement sensible.
Conseil de guerre. Un Taube à survolé Paris, jetant des
Les droits de La Haye. bombes; aucun dégât sérieux.
«Pas de nouvelles depuis quinze Un aéroplane allemand a détruit un
jours!... hôpital.
Les blessés arrivent. Nous progressons en Lorraine
La Croix-Rouge. Les Allemands à Reims.
«Abas Ali Abas. Chiffon de papier.
Spica. Le Gouvernement à Bordeaux.
Marocains, Turcos. M. Poincaré félicite nos troupes.
L'aile gauche fléchit. Le Tsar embrasse la France en la
Notre artillerie... personne de M. Paléologue.
L'aile droite se maintient. Grandes occasions pendant les
Attaquer le centre. hostilités.
Dégarnir le front. Automobiles blindés.
Prendre contact. Leurs pertes décrites par eux-mêmes.
Autrichiens en déroute.
Trente mille prisonniers. Les familles P, T, V, et X. rescappées
Evacuation de Przemysl. de Varedde, sont en sécurité à
L'effectif russe. Carpentras, et demandent des
Héroïsme d'un soldat belge contre nouvelles des familles A. B, C, D,
dix uhlans. leurs fils, neveux et frères.
Trois zeppelins capturés. Nouvelles atrocités.
Exploits d'un aéroplane français. Ordre du jour.
Respecter sa neutralité. Mort d'un éclat d'obus au fémur.
La Turquie s'arme-t-elle? Morts à l'ennemi: le caporal X...
La flotte anglaise aurait coulé Sur le champ d'honneur.
trois vaisseaux marchands. Promotions pour faits d'armes.
Succès de nos troupes. Ils auraient employé des balles
Leur moral est bon. dum-dum.
Les réformés, munis des certificats Plus d'essence.
de leur médecin, se présenter au «Saufs-conduits».
Ministère de la Guerre. Benzol ou essence minérale mêlé à
Mobilisation des territoriaux. l'éther ou à l'eau de Cologne
La classe 1915, se présenter à la fait des ratés, mais peut servir
mairie entre 9 heures du matin et pour fuites.
10 heures du soir. Tous les pneus réquisitionnés.
Appel aux volontaires. «Permis de séjour».
Nous nous replions sur Paris: Télégrammes visés.
stratégie voulue. Cartes postales militaires.
Ils manqueraient de vivres et de Les lettres de nos combattants
munitions. n'arrivent pas.
Bombardement de Senlis. L'État-Major.
Appel aux habitants de D... Retard des correspondances,
Matinée de gala au bénéfice des plaintes des familles.
blessés. Lettres de Sa Majesté Georges V
Les uhlans se retirent en désordre, pour féliciter M. Poincaré de son
poursuivis par les Anglais. anniversaire.
Evacuation des blessés de Il ne faut pas alarmer les
Saint-Quentin et de Dieppe. populations.
La Bataille de la Marne. Réponse de M. Poincaré à Sa Majesté
Meaux. Georges V.
Bataille de l'Aisne. Ceux qui répandent de fausses nouvelles
On demande de vieux habits pour les seront arrêtés et poursuivis.
blessés du Casino, leurs uniformes Ils tâchent de déborder notre aile
étant en réparation. gauche d'un mouvement circulaire.
L'Amérique envoie à la France une L'Italie exprime sa sympathie et
cargaison de tomates. chante la Marseillaise.Un train de blessés s'est précipité Les uhlans sont entrés dans le village
dans la Marne. X... et ont brûlé, fusillé, violé et
On fait sauter les ponts. mutilé tous les habitants,
Devenu fou sous les drapeaux. Nous progressons légèrement.
Enfermé à la prison de ... La cathédrale de Reims est en flammes.
Les puissances protestent. Nous avons presque anéanti et fait
Quatre architectes, réunis à Rome, prisonnier un régiment, près de ...
votent un blâme. Ils achèvent les leurs.
Les intellectuels. Grands succès pour nos armes;
Leur «Kultur». Ils avouent sept mille morts dans
Mort de Pie X. la quinzaine après l'Yser.
Le nouveau pape désapprouve Nous progressons sur tout le front.
également le tango. Nous avons repris La Bassée.
Le kronprinz serait blessé. Nous reculons légèrement près de
Notre front ne bouge pas. Vailly.
Anvers pris. Sans importance pour nous, puisque
Aucune importance au point de vue l'action est au nord.
stratégique. Le Kaiser leur aurait donné l'ordre
Le gouvernement belge au Havre. de prendre Calais.
Aide auxiliaire. Sur la Lys.
Dans les tranchées. Ce roi admirable qui n'a pas hésité
L'heure de l'armistice. à sacrifier son peuple et son pays
Il n'est pas encore appelé, à l'honneur, au droit.
La chasse aux embusqués. Ils abandonnent l'Yser.
La guerre scientifique et non Notre patience inébranlable.
artistique. Rien à signaler, qu'une violente
Leurs canons s'enlisent. canonade.
Notre Joffre a le caractère ferme Alternatives d'avance et de recul.
et haut. Le front prend la forme d'une
Nos blessés. énorme scie.
Nous progressons en Woëvre et en
Argonne.
[QUESTIONS QUI SE POSENT]
Cela va-t-il leur remettre du sang dans les veines de le verser?
C'est peu de mourir pour ce qu'on aime, mais c'est beaucoup de mourir vainement.