«Socrate, qui se connaissait en amour aussi bien qu'un autre, reposa sous la même chlamyde qu'Alcibiade, qui ne se leva point franc de ses atteintes.» (Lucien).
Et si Socrate le repousse avec ironie, ce n'est pas par un principe de chasteté, mais parce qu'il ne le conçoit pas capable de lui donner en échange un amour assez beau:
«... Et ce n'est pas moi seul,—dit Alcibiade,—qu'il a ainsi traité; c'est Charmide, fils de Glaucon, c'est Euthydème, fils de Dioclès, et une foule d'autres qu'il a déçus en feignant de vouloir jouer auprès d'eux le rôle d'un amant, alors qu'il tenait plutôt celui du bien-aimé.»
«... Tout Eros n'est pas en soi louable et beau, mais seul est beau celui qui nous incite à aimer en beauté...»
«... Il advient par là, à ceux qui se livrent au hasard des rencontres, de s'attacher à ce qui est bon tout aussi bien qu'à ce qui est mauvais.»
Platon semble se résumer, lorsqu'il fait dire à Pausanias:
«Toute action en tant que l'on agit, n'est en elle-même ni bonne ni mauvaise ... rien ... n'est beau en soi, mais tout peut le devenir par la manière dont l'action s'accomplit...
«... Toute action n'est en soi ni belle ni laide; elle devient belle si elle est faite en vue du beau, laide, si c'est le laid qui l'incite.»
Banquet, traduction Mario MEUNIER.
Je trouve dans l'universel Walt Whitman un «Love of Comrades», un esprit plus sensitif que l'esprit platonique, plus rude aussi; mais d'une même essence. Dans «Leaves of grass», page 95, il fait revivre «Calamus», l'emblème que les jeunes gens échangeaient entre eux en gage de leur amour: et Walt Whitman demande aux «recorders» à venir de publier son nom comme celui du plus tendre des amants ... qui n'était pas orgueilleux de ses chants, mais de cet océan d'amour sans limite qu'il contenait ... qui, pensif, loin de celui qu'il aimait, incertain, étendu dans la nuit sans sommeil, connut trop bien cette maladive crainte cette moiteur apeurée, que celui qu'il aimait ne lui fût secrètement indiffèrent.