— Tu t’es embêtée seule ? J’ai eu à faire, mais je ne t’oubliais pas.
La vache sortit de la barrière, faisant toujours : « Heun, heun » et, à pas pressés, se hâta vers l’étable, comme nous tous, nous nous hâtons vers notre foyer quand nous avons été absents trop longtemps à notre goût.
Stupide comme une vache !
29 novembre 1917.
Le vieux condor, la figure pelée et ridée, le nez surmonté d’une crête molle, enfonce frileusement sa tête dans un collier de duvet blanc qui lui fait capuchon. Il est tout recroquevillé par le froid et me regarde, quand j’approche, d’un doux regard de bête matée. Puis il rejette le capuchon, allonge le cou, secoue sa bavette et, d’un pas lent, fait le tour de sa cage. Il se secoue encore une fois, étend ses ailes noires aux pennes grises, les laisse retomber pesamment, fait toc, toc toc, tac, tac, de l’estomac, puis se recroqueville et, la tête enfouie dans son collier, le regard vers les nues, il ne bouge plus.
Le gardien s’approche pour fermer les cages, mais lui, le condor, a le privilège de ne pas être enfermé la nuit.
1917.
La grue du Sénégal claironne sa musique à soufflet, puis fait quelques tours sur le gravier humide de sa cage. Elle se picote, et, lasse du froid et d’être seule, elle tourne son cou en forme de S sur le dos, fourre sa tête sous ses ailes, puis replie une patte sous son ventre et reste, tremblotante de froid, en équilibre sur l’autre pied. Elle me fait pitié, l’adorable grue couronnée du Sénégal.
6 février 1918.
Je me suis arrêtée devant la cage du rat Guypu ou rat castor de l’Amérique du Sud. Il est grand comme un lapin sauvage, mais plus gros : gris, à moustaches, avec deux dents énormes et courbées, de l’orange le plus vif, qui lui sortent de la bouche.