Oui, mais voilà, des avions de combat survolent les pinières, s’exercent aux massacres, et le canon tonne au loin et, à chaque coup, de jeunes membres se dispersent aux quatre vents. On ne peut pas oublier un instant la calamité qui pèse sur le monde sans qu’on vous la rappelle brutalement.
En rentrant, je me suis assise dans une chaise longue au milieu d’une pelouse. L’approche de la nuit est délicieuse, je veux me délecter de ce qui m’entoure.
Le canon fait : Boum, boum ! berbereboum.
21 août 1917.
Stupide comme une vache !
Dans la prairie, à côté de mon jardin, on avait oublié une vache. Elle s’impatientait, marchait le long de la clôture en fil de fer ; puis, la tête vers le village, et exactement dans la direction de sa maison, elle meuglait. Elle allait bien de temps en temps vers l’autre bout de l’enclos, où se trouve la sortie, mais elle revenait meugler du côté d’où l’on pouvait venir la délivrer. Accourt une fille qui lui crie de loin :
— Oui, j’arrive.
La vache répond en une vraie clameur d’impatience et de joie. La fille hâte le pas.
— Oui, j’arrive, j’arrive.
La vache va vers la sortie en poussant des « Heun, heun » de satisfaction.