Plus de la moitié sont morts de privations et on ne peut les remplacer.
— Ils n’ont pas ce qu’il leur faut, me dit le gardien.
Il est vrai que je les vis grignoter des fèves, et du maïs, au lieu des figues, des oranges et autres bonnes choses qu’on leur donnait avant. Des figues ! des oranges ! Oh ! que je voudrais en manger moi-même !
Dans la salle des singes, on a installé les perroquets sur leurs perchoirs. Ces bêtes au plumage magnifique me donnaient envie de les étrangler : l’une après l’autre, elles s’étaient mises à crier en chœur, avec des voix si discordantes et perçantes que les vitres tintaient comme si elles allaient se briser. Hou, les sales bêtes ! elles suent la stupidité et leur beau plumage en devient discordant lui-même !
17 juillet 1918.
C’est adorable, mais gênant. Je lis au lit ; une nuée de papillons de nuit, fauves, velus, à grosse tête ornée de panaches, voltigent lourdement autour de ma tête, sur mon oreiller, en laissant derrière eux une poudre jaune comme du pollen. Je ne puis dormir : nuit d’orage, de pluie battante, de chaleur moite. Je dépose le Journal des de Goncourt et vais au balcon pour me rafraîchir. Il fait un noir opaque, fouetté par des émanations qui illuminent tout le pays, et en bas, dans le jardin, j’aperçois un ver luisant qui brille, même quand les éclairs embrasent tout : il s’occupe bien des intempéries, celui-là… Je scrute la nuit, mais je ne vois pas voltiger l’amoureux phosphorescent, incandescent, qu’elle appelle, et elle luit, luit, dans le gazon inondé…
Quant à mes oreillers, ils sont couverts de papillons : rien n’égale leur beauté, leur variété de formes, de couleurs, et le précieux des tissus : jamais manteau de déesse n’a pu approcher de cette délicate opulence. Mais, mes chéris, où voulez-vous que je pose ma tête ? Vous me préparez une nuit blanche… Voilà, ils se fourrent dans mes cheveux, mon cou… Je vais chercher mon verre agrandissant… Ah ! ce sont des monstres merveilleux, à tête énorme, au crâne bossué, à cornes, à trompes, à suçoirs, à pattes barbelées… Seulement, mes trésors, je voudrais dormir et, maintenant que je vous ai vus, je voudrais bien me débarrasser de vous, et vous êtes là d’une familiarité… vous descendez le long de mon dos, sous mon vêtement, et vous glissez, toutes ailes déployées, le long de mes draps…
Ça va finir : je vais éteindre, et ils se colleront tous au plafond…
1918.
On lance des mines dans les bruyères. C’est une chute brutale, pesante, sans écho, qui doit réduire en bouillie ou vous incruster en terre. Mon Dieu, comme cela m’ébranle le système nerveux !