Dans les pinières où je me promène, il fait délicieux : la pluie d’hier a rendu le tapis d’aiguilles moelleux ; une légère brise fait onduler les cimes de pins ; le soleil filtre, le parfum de résine ressemble à de l’encens : exquis, exquis ! Mes chiens courent et aboient après un écureuil qui, de terreur, saute d’une haute pinière dans une basse ; il tombe, ils l’ont ! Non, d’un bond il est de nouveau en haut ; la chienne, de frénésie, bondit à une hauteur de deux mètres et embrasse l’arbre ; aïe, elle se déchire le ventre et hurle ; l’écureuil voltige déjà au loin, poursuivi par les deux chiens.

Rien dans la nature n’est ami ou bienveillant. Voilà des aéroplanes de guerre qui s’exercent au-dessus des pinières… Encore des mines, han ! han !… Les merles chantent… Je continue ma promenade, l’esprit dispersé et ne pouvant se fixer sur rien par l’agitation que me donne ce bruit.

Voilà encore un joli écureuil, au ventre blanc, que mes chiens ont découvert ; il veut se mettre en sûreté dans des pins plus élevés ; il voltige jusque sur le bord d’un chemin. Voyant qu’il ne pourra atteindre la branche qui avance de l’autre côté, il ricoche à droite, où une autre s’étend au-dessus du chemin ; il y saute, file en coin, puis, d’un bond plané, atteint une branche de la plus haute pinière. Alors il fait tant de méandres que mes chiens perdent sa piste.

Eh bien, il n’y avait pas que de l’instinct dans les agissements de l’écureuil : il y avait certainement de la réflexion et de la combinaison.

Au loin le canon ! les mines ! le carnage et le massacre !

1918.

Un gros rhume m’oblige de garder le lit. A portée de la main, je puis ouvrir et fermer la fenêtre. Entre par le balcon une hirondelle. Elle se débat contre le carreau, les ailes déployées, la queue étalée, la respiration haletante. Ah ! la belle créature ! Bleu profond, miroitant comme du satin. Je ne puis voir la poitrine. Sur chaque penne de la queue en éventail, une tache blanche, les deux pennes de chaque côté allongées en pinceau. Dieu, si je pouvais la tenir en main, la garder un peu, la caresser ! mais elle est déjà affolée, me sentant derrière elle : il serait cruel de la prendre. Attends, ma chérie. J’ouvre la fenêtre. Houp ! Elle est partie !

5 mai 1922.

Je soupe chez la petite femme, avec du lait chaud et du pain de corinthes.

Mitje et Remi reviennent avec les vaches et nous racontent comment la génisse rousse, qui n’est encore sortie que quelquefois, s’est mise à courir et à sauter quand la pluie, qu’elle ne connaissait pas, est tombée sur elle :