— Mais, boucher, une des beautés du berger de Malines est son tempérament fougueux et féroce, et maintenant c’est une moule. Je m’étonnais déjà de son air indolent.

— Indolent, lui, ha ! Quand je tue une bête, il m’aide. Pour saigner un porc, je le couche, n’est-ce pas, je mets un genou sur sa panse, je tiens un pied d’une main, et de l’autre j’enfonce le couteau. Eh bien, lorsqu’il gigote, le chien, sans que je le lui aie appris, prend l’autre pied dans sa gueule et ne le lâche que si le porc ne bouge plus.

« J’achète mes veaux chez le paysan ; quand je les emmène, ils refusent de marcher ; alors le chien leur mord la queue, et les veaux marchent. Et tout cela, je ne le lui ai pas appris : il a compris qu’il doit m’aider. »

Mais comme je me sens agacée de la mutilation de la belle créature, je veux lui dire une chose antipathique.

— Eh bien, boucher, si vous ne l’aviez pas émasculé, il vous aiderait peut-être davantage. Quant aux jeunes qu’il ferait ailleurs, ce ne seraient que des bâtards, puisqu’il n’y a que le vôtre de vraie race au village. Et tout le monde vous envierait votre beau chien, tandis que maintenant…

Et je fais une moue méprisante.

— Oui, on me l’envierait ? et il m’aiderait peut-être encore mieux ?…

Et une ombre de regret passe dans ses yeux.

Je pars contente.

Le chien mutilé va tout de même flairer les autres chiens.