— Annie, te voilà revenue : nous venons voir ton bébé.

La jeune Anglaise, très blonde, très grosse, à chair molle, venait de déposer l’enfant sur le lit. Les femmes s’approchèrent.

— Mais il n’est pas trop noir !

— Oh ! l’exquis tjoutjou !

— Regarde donc, Angelinette, ses deux petits poings, qu’il a devant la bouche, et ses cheveux crépus, crépus.

Et délicatement, comme si elle allait toucher un verre mousseline, une des femmes le baisa sur le front, proéminent comme une demi-pomme.

— Ça s’est bien passé, Annie ?

— Dear me, no ! Il ne pouvait venir, la tête était trop grosse, on a dû me le prendre aux fers. Comme je ne savais pas moi-même qu’il serait noir, j’ai cru qu’on se fichait de moi quand on me l’a remis ; je ne voulais pas l’accepter, mais on m’a assuré que c’était bien là mon enfant. J’ai pleuré toute la nuit, mais le lendemain, quand il a tété, j’ai senti qu’il devait bien être à moi et je l’aime comme s’il était blanc.

Angelinette était devenue toute blême.

— Ça te la coupe, lui murmura Clémence. Si tu voulais, Angelinette, tu ne t’exposerais plus à ça.