— Puis nous sommes allées regarder les singes. Devant la grande cage, il y avait deux dames et un monsieur. Les dames étaient des Françaises, l’une dit : « Qu’ils sont gentils, il ne leur manque que l’argent. » Elle était chic, la dame, ni jeune, ni jolie, mais chic, une actrice, je crois.

— Et puis ?

— Nous avons fait encore le tour du jardin. Eh bien, on dit que les loups ne se mangent pas entre eux, mais les ours s’ôtent très bien le pain de la bouche. Il y a de nouveau des ours, de beaux ours jeunes, mais pas grands comme les anciens. Un monsieur jetait des morceaux de pain dans la cage. L’ours qui était devant les barreaux trouvait sans doute que cela lui revenait, car il sautait sur son camarade chaque fois qu’il s’était emparé d’un morceau de pain, et le mordait pour le lui reprendre, de façon que l’autre n’osait plus approcher et gémissait piteusement quand un morceau roulait dans la cage.

« Nous sommes alors retournées aux fauves, mais on les avait séparés. La femelle dormait, roulée en rond, et le mâle était allongé, comme assommé. On avait bien fait de les séparer : ils ne mettaient pas deux minutes entre chaque accouplement et recommençaient encore et encore…

Une vieille femme de service entra précipitamment.

— Est-ce que Mike n’est pas ici ?

— Non. Qu’y a-t-il ?

— Ce sont trois messieurs ; l’un d’eux veut absolument avoir la négresse. Elle n’est pas là, mais il insiste. Il dit aux autres : « Il me la faut, j’en ai besoin pour me documenter. »

— Un poète, sans doute, qui veut noter ses sensations, fit Clémence, et ça à cette heure-ci !

— L’un d’eux est d’ici ; les deux autres sont des Français. Celui qui veut la négresse est un gringalet peu ragoûtant.