— Allons, viens.
Elle lui acheta deux pains et un morceau de lard, et deux couques aux corinthes à manger tout de suite, pour la petite et pour Keeske.
— Quand je serai grande, madame Angelinette, pourrai-je venir habiter avec vous ?
— Oui, tu le pourras. Tâche de grandir vite ou tous les petits seront crevés de faim.
Et elle se hâta vers son bouge, où l’orchestrion boucanait déjà.
Depuis quelques jours, en dépit du patron qui lui faisait grise mine, le beau Dolf venait, après la coiffure, tourner autour d’Angelinette. Elle se tenait à distance, un sourire narquois autour de la bouche. Enfin il arriva à la happer dans la rue, un matin qu’elle allait chez la vieille Hélène.
— Voyons, tu vois bien que c’est à toi que j’en ai. Tu me peines, une belle créature comme toi être dans cette boîte ! Tu devrais être de la haute. Tu as tout ce qu’il faut. Si tu veux, on se mettrait ensemble. J’ai du crédit : je te procurerais un trousseau et des nippes chic. Tu irais dans les restaurants huppés et, je t’en réponds, tu ferais fortune.
— Et il faudrait travailler pour le petit homme, n’est-ce pas ? fit-elle en lui riant au nez.
Et elle entra chez Hélène, laissant le beau Dolf tout déconfit sur le trottoir.