Puis, sérieuse :

— Est-ce que j’y ressemble, dis ?

— Gosse, tout de même ! gosse, tout de même !

— Maintenant, ramasse-moi et rince-moi comme un coquillage que nous voudrions mettre dans le sac.

Il la souleva par un bras et une jambe, et alla la rincer dans la vague.

— Allons, vous autres, allez-vous venir, le dîner est prêt !

Ils se mirent nus à table et mangèrent abondamment, puis se couchèrent dans le sable et firent une longue sieste. Hélène, en son énorme graisse, semblait un vieux phoque échoué sur le banc. Angelinette, endormie, redevenait pâle ; les cercles violets de ses yeux envahissaient ses joues ; elle respirait à peine et paraissait une petite chose jetée là et qui n’aurait pas la force de se relever ; ses cheveux faisaient corps avec le sable et la couvraient en partie. Après la sieste, ils se firent apporter le café. Les bateliers les servaient comme des larbins bien stylés par l’appât du gain et à qui le coulage rapportait gros. C’est eux qui allaient aux provisions : jamais ils n’avaient été à pareille fête.

Hélène prit sa pipe, le seigneur un havane à manchette et Angelinette des cigarettes ambrées à bout doré. Hélène parla affaires :

— Tout de même, si Angelinette voulait s’en occuper un peu ! Dans les villes, les hommes la suivent à la piste : elle n’aurait qu’à vouloir, nulle part les occasions ne manquent. Ici même, sur ce banc de sable, si on voulait faire venir ces escrimeurs, on ferait de brillantes affaires.

— Toi, Hélène, tu ferais des affaires avec les poissons : ce que tu dois en avoir un magot ! Et pour qui tout ça ? Tu es seule, puisque tu es une enfant trouvée.