— Non, Jan, prends les moins épanouis… comme un parapluie à moitié ouvert.

Et nous cueillîmes.

Il courait, nerveux, les joues roses, la bouche humide, entassant les champignons dans un pan de son manteau, puis les portait dans le seau, et, tout affairé, sur ses petites jambes encore un peu arquées, il se passionnait, car je lui avais dit que j’allais les mettre en conserve et que, l’hiver, il mangerait les champignons que nous cueillions maintenant. Tout d’un coup je sentis comme un coup de fouet par tout le corps : « En hiver il ne sera plus avec moi : il ne mangera pas des champignons préparés à la crème, il ne hochera plus la tête en disant : « Que c’est bon, que c’est bon ! » en vrai petit gourmet qu’il est ; et il n’entendra pas André lui rappeler la prairie, avec les belles vaches blanc et noir, où nous les avons cueillis. » Et je le regardais gambader, choisissant bien et cueillant de temps en temps des fleurettes des champs qu’il n’oubliait pas d’assembler en bouquet.

Nous rentrâmes, le seau plein.

— Jan, on va les nettoyer, mais cours d’abord appeler Maatje, promets-lui une tartine de pain de corinthes et donne-lui un caramel.

Jantje revint avec Maatje, et, à nous trois, assis sur des tabourets, un seau d’eau propre à côté de nous, nous commençâmes le nettoyage.

— Maintenant, regardez bien. Vous ôterez d’abord, ainsi, la tige ; puis faites bien attention, vous enlèverez comme ça la peau avec le petit couteau, rien que la peau ; moi, je les couperai en morceaux, car vous pourriez vous faire mal.

— Mais c’est du poison, ce sont des « sièges de crapaud », fit Maatje, vous mourrez si vous en mangez.

— Pas de ceux-ci, Maatje, ce sont des bons.

Elle fronça sa petite bouche et fit non de la tête. Elle aurait planté là cette dangereuse besogne s’il n’y avait eu le goûter au pain de corinthes en perspective.