Sa mère lui demande à plusieurs reprises pourquoi elle a pleuré et si elle ne va pas laisser un peu pour Mileke, mais Fineke tète et ne répond pas ; elle se contente de regarder sa mère de ses grands yeux voilés de volupté gourmande. Quand elle en a pris son saoul, elle lâche la mamelle et dit en zézayant et la bouche encore gonflée de lait :
— J’ai pleuré parce que je voulais revenir pour téter, et que la sœur ne voulait pas me laisser partir. J’ai dit alors qu’elle devait me donner à téter ; elle n’a pas voulu, j’ai pleuré encore, et elle m’a laissé partir.
30 mai, 1916.
Quelle calamité !
La semaine passée, j’ai lavé la tête des deux plus jeunes fillettes de la petite femme : deux adorables petites créatures de cinq et dix ans, fines, intelligentes, exquises. Quelques jours après, afin qu’elles puissent dorénavant soigner elles-mêmes leurs cheveux, je leur ai acheté une brosse et leur ai brossé la tête pour montrer à l’aînée, Mitje, qui a dix-sept ans, comment elle doit faire. Puis j’ai noué un ruban blanc dans leurs cheveux. Elles avaient des figures d’ange spirituel. Après, je m’assis avec Fineke, la plus petite, contre moi, la mère et les autres enfants se tenant debout. Tout en expliquant à la mère et à l’aînée qu’il fallait aussi qu’elles se lavent et se brossent la tête, j’aperçus des poussières qui se mouvaient sur mon corsage et le devant de ma jupe. Je pris mon face-à-main et vis que j’étais couverte de poux. « Mon Dieu, voyez, fis-je. » Alors toute la famille se mit à me les ôter et à les écraser entre les ongles des pouces. La mère et l’aînée s’écriaient : « Cela doit justement arriver à madame qui est tellement contre les poux ! » Et elles les prenaient. Le petit garçon en prit, Anneke en prit, agenouillée devant moi, Fineke les montrait de ses petits doigts, disant : « Là, encore une grosse bête. » Ils n’étaient pas plus honteux que si un peu de poussière de l’âtre m’était volée sur la robe.
Enfin, les bêtes furent enlevées, et l’on me donna un coup de brosse. Alors je galopai jusque chez moi.
— Emma ! Emma ! vite une autre robe, et brossez celle-ci d’importance, et de l’eau chaude pour mes mains, et voyez s’il n’y a pas de poux sur ma robe.
— Des poux, madame ?
Je lui racontai la chose.
— Ne dites rien à Trinette, elle le colporterait par tout le village.