Si je filais en Amérique ? Si je le cachais ? Mais où ? Il vaudrait mieux qu’il mourût que de retomber dans cette abjection. La mère ne l’enverra pas à l’école ; elle le laissera s’ensauvager et en fera un vaurien.
Enfin le jour arriva où on vint le chercher. J’avais envie de le leur lancer tout nu à la tête… Cependant, je fis un ballot de ses vêtements et le leur laissai emporter.
— A tout à l’heure, tante. Ne pleure donc pas, je vais revenir.
Je courus me cacher dans la cave.
Je ne voulus plus en entendre parler, mais me remémorais sans cesse ses faits et gestes… son rire, surtout son rire… Cette fanfare de joie qu’il avait dans l’âme, qu’en a-t-il fait ? Et lui, qu’est-il devenu ?
Lift boy ! en Amérique, où il se sauva quand son père fut mort.
Il passe ses journées, ses années de vie dans un lift, suspendu dans un trou noir où toutes les émanations de la maison s’engouffrent, et il fait monter et descendre inlassablement les trente étages du sky scraper à des gens, comme des colis, qui ne lui parlent pas, qui ne le voient pas, et qui l’appellent « lift » tout court.
LA PETITE FEMME ET SES ENFANTS
Juillet 1915.
Fineke rentre de l’école à une heure inaccoutumée, les yeux rouges et gonflés, et encore soulevée de hoquets de pleurs. Elle va droit à sa mère, la dégrafe, prend son sein gauche à deux mains et se met à téter goulument.