— Un poeneke[2] ? me dit-il, en avançant sa bouche vers moi.

[2] Un baiser.

Oh ! trésor d’amour ! et dans quinze ans !… Dieu sait… une baïonnette, un explosif, tes membres dispersés !…

Je me sauve, en proie à une hallucination dangereuse.

21 août 1916.

Pour encourager Mitje dans ses soins de propreté, je lui ai répété que mon mari et les demoiselles de chez l’épicier m’avaient dit qu’elle devenait si jolie et avait la peau si claire. Elle l’a naïvement répété à sa mère, en rougissant d’émotion heureuse. Les enfants reçoivent régulièrement leur bain hebdomadaire et j’ai obtenu également qu’elle les lave le soir avant de les mettre au lit. Ainsi, le matin, elle n’a qu’à les rafraîchir avec de l’eau claire, pour les éveiller, ce qui est vite fait, car, les jours que Mitje partait de bonne heure avec son père pour les champs, les enfants n’étaient pas lavés : la mère, avec la meilleure volonté du monde, n’arrive pas à se défaire de ses habitudes crasseuses. Donc Mitje lave les enfants le soir. Aujourd’hui elle m’a dit que Fineke était toute rose en se levant et riait en ouvrant les yeux.

— Eh bien, Mitje, rappelez-vous la Fineke d’il y a trois mois, sa tête encroûtée et envahie de poux et son petit corps rugueux de saleté, et la baguette magique qui a produit ce changement n’a été que de l’eau claire, du savon et un peu de sel de soude.

Elle me regardait, étonnée, de ses yeux intelligents.

— C’est vrai tout de même : rien que de les avoir lavés, ils sont devenus comme des enfants de riche.

C’est une émotive que Mitje : on voit des vagues d’émotion passer sur sa figure. N’importe, il y a encore beaucoup à faire. Mais j’y parviendrai, je suis aidée par tous les enfants. Ces tout petits, de trois, six et huit ans, ne veulent plus manger en dehors des heures de repas de famille et Mileke dit à ses camarades :