Quand Anneke, le lendemain, me répéta cela, je courus vers ce gamin qui était assis sur une souche, mangeant des pommes vertes volées.

— Qu’as-tu osé dire à Mileke, sale gamin ?

— Ce n’est pas moi, c’est Louis.

— Mileke, est-ce Louis ou lui ?

— C’est lui.

— Si tu oses encore lui dire quoi que ce soit, je te livre au garde champêtre.

Il s’en alla en me narguant. Je voulus prendre Mileke et l’embrasser, et lui demander si c’était fini maintenant ; mais il ne voulut pas, et, comme sa mère exigeait qu’il me donnât la main, il se mit à hurler et à se cacher la figure dans ses jupes. Elle prit l’enfant hurlant et alla chez la mère de ces garçons ; la mère ne savait naturellement rien des manigances de ses fils, malgré qu’on la voie toute la journée intriguer contre nous avec la voisine d’en face, en désignant de la tête la maison de la petite femme. Les deux garçons, dont l’un a quatorze ans, s’avancèrent vers la petite femme en ricanant, et se vantèrent d’avoir dit à Mileke de me donner des coups de pied au lieu de m’embrasser.

J’ai alors invité Mileke et ses frères et sœurs à venir goûter le lendemain, leur promettant aussi de leur donner des fleurs.

J’ai donc garni la table de fleurs, je les ai fait goûter avec des tartines beurrées, chose rare en ces temps, des bonbons et du lait chaud sucré. Puis j’ai joué Kike boe[3] avec Mileke. Il était assis les pieds sur la chaise, son pruleke hors du pantalon, la tête penchée sous la table. Je devais aussi regarder sous la table et dire : Kike boe, il riait alors comme une fanfare qui sonne. Mais il devint grave d’émerveillement quand je lui racontai que les éléphants étaient grands comme deux vaches mises l’une sur l’autre, que leur nez avait trois aunes de long et qu’ils ramassaient des « cents » avec ce nez et les donnaient à leurs gardiens en échange d’un bonbon.

[3] Cache-cache.