Puis j’ai fait le cocorico du coq, puis la poule qui pond, puis l’âne qui brait, et le cochon qui grogne et encore le coassement de la grenouille : tous petits talents acquis dans mon enfance privée de jouets et que je n’ai pas oubliés. Nous avons ensuite fait une promenade dans les bois. Eh bien, Mileke ne s’abandonne plus comme avant : les rosseries de ces âmes viles ont laissé des traces.

Je suis bien triste d’avoir perdu le cœur et la confiance de Mileke ; je crois qu’il faudra beaucoup de gâteaux avant qu’il me les rende.

29 septembre 1916.

Oui, je rentre à Anvers, malgré le danger des bombes. La petite femme pleure depuis deux jours. Elle est, en ses faits et gestes, un résultat de son milieu : sale, négligente, adonnée à une incurie outrancière, mais elle a une exquise sensibilité du cœur et apprécie, tout en étant incapable d’y mettre la main elle-même, ce que mon aide et mes conseils ont fait pour la santé de ses enfants. Jamais personne de ma situation ne lui avait parlé : ils s’éloignaient d’elle, dégoûtés, ne voyaient que ses cheveux en broussaille et sa vermine, et pas son regard affectueux, et ils ne faisaient point attention à l’émotion de sa voix, ni à son sourire spirituel, ni à sa manière tranquille de jauger, de la petite chaise basse où elle pèle ses pommes de terre, ceux qui entrent acheter du lait. Je l’ai tout à fait traitée en amie et je vous assure que ce n’est pas une amie banale.

Quand je suis entrée pour faire mes adieux, elle avait déjà les yeux gonflés d’avoir pleuré, puis elle s’est mise à sangloter. Remi pleurait silencieusement, la figure cachée dans le coin de la porte. Gilles, avec sa jolie peau dorée, mit les mains devant ses yeux et les larmes coulèrent entre ses doigts. Fineke, elle, ne savait trop s’il fallait pleurer ; elle regardait gravement. Mileke regardait Fineke : « Si tu pleures, je pleure aussi », et il fit une moue. Fineke s’y est mise, mais lui, non décidément, il n’en fit rien. Il se jeta au cou de sa mère, puis au mien, et me donna de bons, mais là de bons gros baisers. Les enfants me reconduisirent chez moi. Ah ! qu’ils étaient graves et quelle peine ils avaient de me quitter !

Le lendemain, quand nous passâmes pour aller à la gare, Remi nous guettait. « Ils sont là. » Alors, le père en tête, ils nous firent encore un adieu ému. Je n’ai jamais été l’objet de tant d’affection, et ce n’est pas une affection qui a pour base des dons matériels, mais une reconnaissance pour mes bons conseils et la sympathie que je leur ai témoignée. Il est très rare que, dans un état mental comme le leur, ces preuves d’affection soient appréciées.

11 mai 1917.

Me voici revenue après l’hiver.

J’ai donné à Fineke un vieux petit sac en velours. Elle le mania, puis y fourra son nez et me dit, radieuse :

— Cela sent comme madame.