— Il n'y a rien à faire avec cette créature enfantine!

J'avais onze ans.

Elle saisit le seau, me jeta un regard furibond, et, en dandinant son corps appesanti par la grossesse et, faisant de ses sandales, «Klots, Klots» dans la boue, elle prit le même détour par les ruelles à prostituées. Je la suivis à distance, et nous rentrâmes chez nous piteusement.

Pour comble de misère, la soupe avait pris le goût du seau qui servait à tous usages.

CATÉCHISME ET PREMIÈRE COMMUNION

Je suivais depuis deux ans le catéchisme de première communion et étais chaque fois renvoyée à l'année suivante, parce que je ne savais jamais ma leçon. Le tapage continuel de huit enfants dans notre unique chambre, me rendait toute étude impossible. Je voulais en finir : non pas que je croyais, la religion n'avait jamais eu aucune prise sur moi, mais je m'apercevais que je commençais à passer pour une bête et, cela, je ne le voulais pas. Puis, pour une fois au moins dans ma vie, je serais habillée de neuf des pieds à la tête.

Je m'étais donc juré de faire ma première communion cette année. Je choisis, pour étudier ma leçon, un perron sur un canal : j'en nettoyai une marche avec mon jupon et me mis à apprendre par cœur les questions et les réponses. Cela allait tout seul : moi qui me croyais incapable d'apprendre, je retenais, en les répétant deux ou trois fois, des réponses de six ou sept lignes ; j'étais sauvée.

La première fois que je me représentai au catéchisme, le vieux curé interrogea toutes les petites filles, excepté moi. Je finis par lever timidement le doigt, en disant :

— Vous m'oubliez, Monsieur le Curé.

— Non, mais tu ne sais jamais.