— Aujourd'hui je sais, Monsieur le Curé.

— Eh bien! viens ici.

Je débitai ma leçon d'un trait. Quand j'eus fini, il me leva la tête sous le menton.

— Tu sais même très bien ta leçon, fit-il ; comment as-tu fait?

— Je ne pouvais jamais l'apprendre chez nous à cause du bruit, et parce qu'on ne me laissait pas tranquille. Maintenant je vais sur un perron : là, je suis seule et à l'aise.

— Sur un perron? tu apprends ta leçon sur un perron! et quand il pleut?

— Il n'a pas encore plu.

Il hocha la tête.

Quand la pluie vint, et même la neige, je me réfugiais aux latrines qui se trouvaient sous beaucoup des ponts d'Amsterdam.

Je devins bientôt une des premières du catéchisme et, quand le vieux curé voulait en avoir plus vite fini, il me choisissait souvent pour l'aider à interroger. Un jour, il me chargea de faire répéter quatre fillettes. Parmi elles était une métis indienne du grand monde (les jours de pluie, elle arrivait en équipage). Elle me regarda avec une telle aversion que j'en restai tout interloquée. «Comment! parlait son regard, cette pouilleuse va m'interroger, moi!» Mais il fallait bien qu'elle obéît : le curé l'avait ordonné. Elle me répondait à voix si basse que je la comprenais à peine. Cependant, pour me faire bien venir d'elle, je lui dis :