Toute la matinée, l'homme et l'enfant restaient là, la tête levée, à observer gravement les évolutions du cerf-volant qui montait, montait, en balançant élégamment sa longue queue. Quand il avait disparu très haut, ils se regardaient émotionnés, et la satisfaction brillait dans leurs yeux.

De temps en temps, Barend demandait à Kees de rallumer sa pipe en terre, ou il lui faisait tenir le bâton, dévidé maintenant, et il rajustait sa chique, après avoir lancé un long jet de salive brune. Puis l'un et l'autre se taisaient, tout à leur contemplation.

Quelques minutes avant midi, la femme de Barend poussait un cri pour l'avertir que le dîner allait être prêt, et l'homme commençait à enrouler soigneusement la ficelle sur le bâton.

— Keesje, si le vent ne tombe pas, il fera encore bon cet après-midi pour une nouvelle montée. Maintenant je vais manger.

Un jour il ajouta :

— Le dimanche, nous mangeons bien : du hachis. Et toi, que manges-tu le dimanche?

Kees réfléchit un instant, et ne se rappelant d'autre viande que les langues de cheval que mon père achetait pour quelques «cents» à côté de l'écurie de son patron, il répondit hardiment :

— Le dimanche, chez nous, il y a de la langue de cheval bouillie, avec des pommes de terre.

Barend le regarda du coin de l'œil.

— Dis donc, morveux, fous-toi de ton aïeule, mais pas de moi!