Dirk jouait à la toupie sur la glace de notre canal. Il aurait donné son dîner pour une paire de patins, ou un petit traîneau dans lequel il nous aurait tous entassés et traînés jusqu'au soir. Mais ne pouvant avoir ni l'une ni l'autre, il se contentait de sa toupie, qui tournait merveilleusement sur la glace en décrivant des arabesques.

Les mouvements violents m'ont toujours mise hors de moi et, sur la glace, il fallait s'en donner trop si on voulait ne pas se figer : je suivais donc du quai les ébats de mon frère. Il devint bientôt tout bleu de froid et, las de ce jeu qui ne le réchauffait pas assez, il l'abandonna pour faire des glissades.

Sur l'autre rive, une femme s'approchait du canal, portant quelque chose dans son tablier. Arrivée au bord, elle y prit un objet qu'elle jeta dans une baie pratiquée à travers la glace. Cinq fois, elle plongea sa main dans le tablier, et cinq fois, lança un objet. Dirk, qui s'était approché, attrapa le dernier au vol, et se sauva en le dissimulant sous son chandail. Il remonta sur le quai de notre côté, et me montra un petit chat gris, au ventre blanc, de quelques semaines.

— J'ai sauvé celui-ci, bégayait-il.

Allons vite le réchauffer et lui donner du lait.

A la maison, Dirk prit le pot au lait sur le poêle, et en donna un peu au petit chat. Ma mère réclama :

— Écoute, non : du lait, nous en avons trop rarement nous-mêmes.

— Voyons, mère, pour le remettre de son émotion d'avoir été jeté de si haut!

— C'est bien, si c'est pour l'émotion ; mais je ne veux pas de commensal.

— Je lui donnerai de ma tartine, et l'impasse est remplie de souris, et le canal de rats.