Nous ne disions plus rien. Mon père se moucha, puis répondit :

— Oui, Heintje, dors maintenant. Demain, tu auras un petit pain de trois «cents».

Mon père se moucha encore.

JE FAIS PIPI DANS MES JUPES

Un soir, je devais aller au Bureau de bienfaisance chercher un florin. On nous le donnait en rouleaux de pièces d'un «cent», tout en y glissant des pièces étrangères, dont on savait pertinemment que nous ne pouvions rien faire. Plus d'une fois, je fus jetée à la porte par des boutiquiers à qui j'essayais de les passer.

Il neigeait et gelait à pierre fendre ; je longeais le Canal des Princes où, chemin faisant, je rencontrai deux garçons et une fille de mon âge, qui se rendaient également au Bureau de bienfaisance.

Nous nous mîmes à courir en nous jetant des boules de neige, et à sonner aux portes en nous sauvant. Mais voilà que je fus prise d'un petit besoin pressant, et impossible de me soulager, à cause des garçons.

Nous arrivâmes à la Westerkerk, autour de laquelle nous jouâmes à cache-cache, en nous couvrant de neige. J'aurais voulu me retirer sous une charrette ou dans un recoin, mais les autres couraient après moi.

J'étais au supplice : je devins tranquille et ne pouvais plus jouer ; je dis à mes camarades que le froid me figeait.

Au retour, devant cette même église, l'accident m'arriva. Cela me coula chaud jusque dans les sabots, et à l'instant même, des hanches à la pointe des pieds, mes vêtements se gelèrent sur mon corps : je fus brûlée et lacérée jusqu'au sang. Je me mis à pleurer ; la neige tombait drue ; elle se collait à mes sabots en une masse compacte et pointue, qui me faisait clopiner péniblement. En arrivant chez nous, j'eus à peine le temps d'ouvrir la porte, et je tombai.