Mon père me déshabilla, essuya doucement le sang, en répétant :
— Ma pauvre petite «Poeske», elle est toute crevassée, ma pauvre petite «Poeske»!
Il m'assit sur une chaise devant le poêle, et me donna une tasse de café aux trois quarts remplie de marc ; mais je ne voulais rien dire, car quand l'intention de mon père était bonne, il se fâchait si on ne l'acceptait pas telle quelle. Puis mon père était si beau, me semblait-il, et sa bonté si exquise que, pour rien au monde, je ne l'aurais froissé. Je dis donc :
— C'est bon, père, du café chaud, après avoir eu si froid et si mal.
— N'est-ce pas, «Poeske»? je l'avais gardé pour toi. Je me disais : Keetje va rentrer ; elle aura froid, et du café bien chaud lui fera plaisir.
— Oui, père, c'est bon, très bon!
Et j'avalai bravement ce résidu boueux.
LES DEUX GRENADIERS
Ma mère avait déjà brûlé nos joujoux, pour atténuer un peu le froid humide qu'il faisait chez nous. Comme elle n'était accouchée que de dix jours, elle avait peur, disait-elle, d'attraper un frisson.
Nous attendions mon père, qui était cocher chez un loueur : peut-être aurait-il reçu un pourboire, et pourrions-nous acheter des tourbes et du café pour nous réchauffer. De manger, mon Dieu! on se passerait : il fallait d'abord s'ôter cette rigidité des membres.