— Tu ne peux rester ainsi ; il ne faut pas prendre à la légère ces affections de la poitrine : tu ne te sens peut-être pas malade, mais tu l'es.
— Oui, il ne s'agit pas de rire, me disais-je.
— En te soignant, tu deviendras encore plus jolie, et tu es déjà délicieuse.
Il vit que je pensais à tout autre chose, et me renversa sur le divan.
Une fois dehors, je fus prise de désespoir ; mais que faire?
Je ne veux pas mourir poitrinaire, comme celles que j'ai vues mourir là-bas : je ne le peux pas, je ne le dois pas!
J'avais vu agoniser, pendant des heures, une jeune femme qui, depuis cinq ans, venait de temps à autre se faire retaper à l'hôpital ; ses hoquets s'entendaient deux salles plus loin. Au dernier moment, une religieuse lui tenait une bougie allumée dans la main ; la servante, de l'autre côté du lit, racontait le plaisir qu'elle venait d'avoir à la kermesse de son village ; la sœur écoutait, amusée ; toutes deux se penchaient au-dessus du lit en riant, sans se préoccuper de la mourante, dont le regard intelligent allait de l'une à l'autre. La cire de la bougie coulait sur la main de la jeune femme et la brûlait. Ses hoquets se précipitaient ; elle fit une grimace ridicule en se mordant la langue, et ce fut tout. La sœur enleva la bougie, regarda négligemment la morte, et s'éloigna avec la servante, en poursuivant la conversation.
Une couturière tuberculeuse avait accouché en agonisant, sans pousser un gémissement ; mais, quand elle fut délivrée et qu'on emporta l'enfant pour le laver, elle s'efforça de lever les bras et bégaya :
— Je ne le verrai pas.
Elle devint livide, sa tête ballotta de droite et de gauche : elle était morte.