J'irai mourir ainsi, moi! jamais!!

J'en ai pour cinq ans, si je ne guéris pas : j'aurais alors vingt-quatre ans, Klaasje seulement quatorze, et je ne serais plus là! Ah! non, non! je ne veux pas. Il me faut ces médicaments qui me guériront. Le docteur se les fait donner à la pharmacie de l'hôpital : j'en aurai donc toujours.

Quand mes bouteilles étaient vides, j'allais chez le chef de service qui, chaque fois, poussait le verrou.

PROSTITUÉE

«Ma fille a le billet jaune».

Dostoïevsky.

Encore une fois, nous étions sans manger. Hein frappait depuis deux jours sur l'enclume, avec les lourds marteaux de son métier de forgeron, sans avoir pris aucune nourriture ; il était affalé sur une chaise, pâle, la tête baissée, les bras pendants, engourdis le long du corps, et répétait :

— Je ne peux plus, je ne peux plus. Les petites jambes de Klaasje s'étaient dérobées sous lui, et il gisait à terre, contre le mur ; les autres enfants étaient dispersés, ici et là, dans la chambre, tous malades de faim. Ma mère avait le visage enfiévré, et des clignotements d'yeux précipités qui accusaient son affolement ; moi, des vertiges me faisaient chanceler.

Ma sœur aînée nous avait quittés, et nous attendions mon père, parti dès le matin à la recherche de quelque chose à gagner. Il rentra ivre et demanda à manger.

Je regardais autour de moi, sentant qu'un malheur allait arriver, si on ne trouvait immédiatement une issue. Ma décision fut prise. J'allongeai ma jupe en traîne ; je tirai mes cheveux sur le front ; je m'ajustai le mieux que je pus, en regrettant de n'avoir pas de fard, comme j'en avais vu aux prostituées, et dis à ma mère que j'allais sortir. Elle voulut m'accompagner, pour rapporter plus vite les victuailles.

Une fois au centre de la ville, je lui recommandai de rester à distance. Bientôt un homme me fit signe de le suivre, et m'emmena dans une maison de rendez-vous. Quand, après, je lui réclamai mon salaire, il me demanda si je me moquais de lui.