Il se fit un remue-ménage de mécontentement de mon côté. En sortant, les enfants me tirèrent par les cheveux, raillant : « D’où venait cette femme ? »

Le service protestant se donnait le dimanche à l’école. Le maître me montra au prédicateur.

— C’est celle-là qui a demandé d’où venait cette femme…

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Nous habitions dans les bruyères de Holland op zijn smalst.

A plusieurs fillettes, nous revenions du catéchisme à travers la campagne. Une des petites filles, pour nous faire peur, s’assit au milieu de la voie ferrée. Un train était en vue : je me mis à crier, à la supplier de se lever. Elle chanta. Je m’encourais, puis revenais, criant follement. Quand le train fut tout près, elle se leva.

Je fus tremblante et anéantie de l’émotion, et ne pus parler le reste du chemin. Les autres enfants n’avaient rien.

— Ole Moe est morte. Mine Ole Moe est morte ! Et ils ne nous ont rien fait savoir. Voilà déjà six mois qu’Ole Moe est morte. Les salauds ! Parce qu’eux l’entretenaient, ils croyaient avoir tous les droits.

— Dame ! ils ne se sont pas mariés, n’ont pas, comme nous, une charge de jeunes : ils pouvaient faire quelque chose pour leur Ole Moe. Mine Ole Moe ! Mine Ole Moe !

Ainsi se lamentaient mon père et mon oncle Klaas. Mon père revenait d’Amsterdam, où il était allé chercher de l’ouvrage. Il avait poussé jusqu’aux confins de la ville, où habitait sa vieille mère. Les voisins lui avaient dit qu’elle était morte depuis six mois. Il avait alors cherché toute la journée à rencontrer son frère et ses sœurs, qui lui avaient, à lui et à son frère Klaas, joué ce sale tour de ne pas les prévenir. Il leur aurait cassé les côtes, à ces pierres de tonnerre sans cœur.