— Non, et maman dit que tu as une jolie voix, et que c’est bien dommage que tu ne pourras pas la cultiver.

— Cultiver ? mais je n’ai pas besoin de la cultiver : elle est là, ma voix. Ce que tu dis pour des bêtises… On ne peut pas apprendre à chanter, dit mon père ; — lui aussi chante et ne l’a pas appris — on doit le faire naturellement.

— Mais, Keetje, si… on…

— Non, non, c’est comme ta cousine : elle n’aura jamais de belles dents, malgré son cercle d’or.

— Mais, Keetje…

Je sortis, claquant la porte, et me réfugiai au grenier, où je restai à bouder pendant plus d’une heure.

Enfin, ils ont tout de même été gentils, et Madame n’a presque rien dit. Mais je ne chanterai plus : je croyais leur faire plaisir, et voilà… on prend toujours mal tout ce que je fais et tout ce que je dis.

Ainsi, cultiver ma voix ! comme si elle n’était pas assez jolie et comme si je leur avais scié les oreilles. Ce n’est jamais bien, jamais bien… Encore l’autre jour, quand j’ai apporté un petit moulin de papier pour le bébé, Bette disait que je jetais un goujon pour pêcher un cabillaud… Mina croyait que je ne voulais pas donner mon sale ruban à Naatje, par avarice. Si l’on fait un cadeau, il doit être beau, et ce ruban était sale et vieux… Et ce petit garçon qui traînait avec une ficelle un petit chariot de fer-blanc. La ficelle se casse sans qu’il s’en aperçoive, et le joujou reste derrière lui ; je le ramasse pour le lui remettre, et voilà qu’une femme crie par la fenêtre :

— Vilaine fille, veux-tu bien ne pas voler le joujou de cet enfant !

Voilà ! voler le joujou, quand je voulais le lui rendre.