Combien de fois, depuis, ne me suis-je souvenue de la voix douce et ferme de cette fillette, et combien de fois n’ai-je pas senti, vivante encore, la caresse de cette exquise commisération !
A CINQ ANS
Ma mère m’avait prise avec elle pour rapporter un col de dentelle chez une dame. Le petit garçon de la dame voulait m’embrasser. Je refusais obstinément : j’avais entendu dire par des grandes qu’on ne pouvait pas embrasser les garçons. Je poussais cela jusqu’à ne plus embrasser mes petits frères. Quelques gifles m’en guérirent.
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— Je ne les trouve plus !
Ma mère fouilla fiévreusement tous les tiroirs.
— Mes beaux rubans bleus !… C’est toi, Keetje, qui les a troqués contre des chiffons pour tes poupées ! De qui tiens-tu la loque dont tu habilles ta poupée ?
— De la demoiselle d’en bas.
— Tu vois, tu lui as donné mes rubans en échange, avoue !
— Mais non, ce n’est pas moi.