— Si, c’est toi ! si, c’est toi !

Et je reçus une bonne raclée.

Cette injustice ne m’est jamais sortie de la mémoire : c’est la première rancune qui a aigri mon âme d’enfant.

A SIX ANS

Je jouais seule dans notre rue, quand Tom, le chien du voisin, s’approcha de moi et me flaira de tous côtés. Il se dressa sur ses pattes de derrière, m’enlaça de celles de devant et, la gueule ouverte, la langue dehors, il me serra en des mouvements rythmés.

— Tom, tu m’aimes, fis-je ; Tom, tu me prends dans tes pattes… Moi aussi, je t’aime, car tu es toujours gentil avec moi.

Et je mis ma figure contre la sienne. Il me donna des tours de langue et me serra de plus en plus. Une femme envoya un coup de pied à Tom qui me lâcha… Pourquoi fait-elle cela ? Tom m’aime. Tom est content chaque fois qu’il me voit, et moi aussi…

Je me couchai sur notre perron. Tom se rapprocha à nouveau de moi et m’enlaça complètement. J’avais entouré sa grosse tête de mes bras et le tenais serré contre ma poitrine. Tout d’un coup il se sauva en hurlant : mon père l’avait cinglé d’un coup de fouet. Il dit à la femme qui avait chassé Tom :

— La petite joue tout le temps avec notre chienne qui est en folie ; le bougre sent cela…

Et ils se mirent à rire. Mou père me fit monter devant lui.