— Mais que direz-vous alors pour un vrai pensionnat ?
Puis j’ajoutai :
— Je ne savais pas que la patronne vendait à des putains.
— Oh ! mais elles sont chic : des chapeaux à douze florins, beaucoup de grandes dames ne les ont pas. Nous n’irions pas au Zeedyk, tu comprends… Du reste, tu as entendu, avec une d’elles j’ai parlé français.
Ça, c’était vrai, et elles étaient tout à fait comme il faut, et gentilles, et qu’elles sentaient donc bon ! Pourquoi dit-on toujours qu’elles sont ignobles et communes ? Encore un mensonge…
Arrivée au pont, elle me fit de nouveau marcher derrière elle. Les patrons furent dans la joie qu’on eût vendu les cinq chapeaux les plus chers.
Le soir, quand je racontai la chose chez nous ma mère dit aussi que c’était chez ces femmes qu’elle vendait le mieux ses collerettes et ses mouchoirs de dentelles, et qu’elles étaient généreuses et bonnes, que plus d’une fois elles l’avaient fait boire et manger et lui avaient payé plus qu’elle ne demandait.
— Mais alors ?… Une m’a dit : Dans deux ou trois ans… Mina a trois ans de plus que moi : pourquoi ne se fait-elle pas putain ?… Je croyais qu’elles fouillaient les poches des hommes… La première leur parlait avec respect. Ce n’est pas comme à la femme de journée, qu’elle appelle « paresseux animal », quand l’atelier n’est pas en ordre assez tôt.
— Toi, créature enfantine, parle de ce que tu comprends, et ne tiens pas ce stupide langage devant Mina : Dieu sait ce qu’elle se mettrait en tête !…
— Mais…