— Es-tu déjà grande fille ?

Je la regardai.

— Mais tu sais bien la grandeur que j’ai…

— Niaise, ce n’est pas ça… perds-tu du sang tous les mois ?

— Moi ? Non… Mais Mina. Seulement Mina est une sale bête.

— Dis donc, sotte créature, toutes les femmes ont cela, c’est que tu n’es pas encore sèche derrière les oreilles. Tu auras encore mangé trop de pelures de pommes…

La patronne m’avait chargée de ranger les boîtes à fleurs, que des clientes avaient mises sens dessus dessous. J’adorais ce travail. Toutes les guirlandes et les piquets qui me passaient par les mains, je leur donnais une destination sur la tête de nos enfants, de moi-même, de ma mère et même de Mina. Je nous en couronnais tous et, quand nous étions parés, j’en faisais des bouquets, des corbeilles que je plaçais sur la table ou que je suspendais au plafond ou dans des coins de chambre, comme je les avais vus dans des maisons où je portais des chapeaux.

Une dame et trois demoiselles entrèrent.

— Fillette, voulez-vous appeler la « demoiselle » ?

J’allai avertir la patronne.