— Je désirerais voir des chapeaux pour mes filles.

— Dans quel prix, s’il vous plaît ?

— Dans les prix de trois florins. Il m’en faut trois : vous me ferez une différence.

— Keetje, ouvre donc cette caisse et passe-moi les chapeaux.

J’entendais à son ton que ce n’était pas la peine d’appeler la seconde, qui était en même temps vendeuse et était occupée à faire des notes que je devais aller présenter ; qu’elle expédierait cela bien vite elle-même.

Je sortis les chapeaux tout faits, accrochés à des clous à l’intérieur d’une grande caisse d’emballage. Mais la dame ne se laissait pas expédier : elle les essayait et réessayait à ses filles ; elle débattait les prix, jugeait les fournitures, tout cela en un beau langage et très tranquillement.

Les dames du Canal des Seigneurs, seules, s’expriment ainsi, pensais-je, mais elles ont d’autres robes et d’autres bottines. Celles-ci sont rapées à souhait, et pâles et jaunes : ce sont des rats tondus. Je vois ce que c’est : « un demi-quart de beurre monté en copeaux, car Mâ reçoit… »

La dame arriva à avoir pour neuf florins trois chapeaux qui, l’année précédente, en coûtaient quatre chacun. Elle les croqua d’une main adroite, et ils furent à la mode. Je devais les livrer l’après-midi même.

— Non, ces pingres, fit la patronne, et il faut les appeler « madame » ! Monsieur est officier et elles doivent aller à une garden party. Ah ! misère, sans doute avec des robes faites par elles-mêmes… je connais ce genre : pour la garden party, madame se fera excuser, elle aura une migraine, mais en réalité pas de robe, et les filles iront avec le père en grande tenue… Keetje, tu ne remettras les chapeaux que contre paiement, sinon je pourrais droguer.

J’y fus, on me paya, mais je ne reçus pas de pourboire… Rats tondus, va, ça a des gants pour nettoyer, ah ! là là, quel froid caca !