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Une dame m’avait donné des friandises. Je ne voulus les manger qu’après que ma mère les eût retournées à plusieurs reprises dans ses mains rouges pour les purifier : les mains fines et blanches de la dame me semblaient des mains malades.

A SEPT ANS

J’étais allée toute seule dans les champs hors de la Weesperpoort. Je m’étais tressé des guirlandes de pâquerettes et de pissenlits. Je m’en fis une couronne, un collier, des bracelets, une ceinture, et mis une guirlande en sautoir. Sur mon chemin vers chez nous, les femmes riaient en se tapant la cuisse ; les enfants me poursuivaient et se moquaient. Mais, sur l’Amstel, un monsieur me montra à la dame qui l’accompagnait ; tous les deux me saluèrent en souriant et me dirent :

— C’est bien, jolie enfant.

Je baissai la tête, la bouche épanouie, et les regardai d’en dessous. Maintenant, je poursuivais mon chemin, radieuse, la tête levée, ne m’occupant plus des quolibets.

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C’était un lundi. J’étais vibrante de fierté : j’avais pu mettre ma robe de dimanche en mousseline blanche, ramagée de fleurs de glycines mauves. Nous revenions de l’école ; les rangs étaient rompus ; deux grandes me toléraient avec elles. Nous combinions une escapade.

— Nous irons à l’Exposition, disait Daatje. Nous regarderons d’abord par les portes et les fenêtres, et, quand l’homme de la porte s’absentera pour boire, nous nous glisserons à l’intérieur. Alors nous n’aurons qu’à être sages pour ne pas être remarquées. Nous irons voir le long des vitrines. On dit qu’il y en a qui sont remplies d’or ; d’autres, de plumes et de fleurs. Au fond de la salle sont les joujoux : on les aperçoit un peu de l’extérieur.

— Que je suis en joie, que je suis en joie que vous me preniez avec vous ! Je me tiendrai bien tranquille.